dimanche 31 janvier 2016

Correction du dessin ♥ Méditation

Deux coups de gomme pour corriger le dessin mis en ligne hier... je deviens perfectionniste à l'école de Morris où je me suis inscrite de mon plein gré fin décembre,  et à l'âge que j'ai. Pourquoi avoir choisi son école ? Il y a quantité d'autres dessinateurs et dessinatrices excellents, mais ma culture en BD étant assez restreinte j'ai choisi parmi ceux que je connaissais le mieux. Les dessins de Morris sont stimulants à mes yeux, sûrement parce que non esthétisants : l'allure du cheval etc. ça a un rendu très expressif. Le dessin d'hier corrigé :

Lu sur le blog Jubilate ce matin :

"Quand vous vous oubliez parce que vous êtes dans un paysage qui vous ravit, ou devant une oeuvre d'art qui vous coupe le souffle, ou devant une pensée qui vous illumine, ou devant un sourire d'enfant qui vous émeut, vous sentez bien que vous existez - et c'est même à ces moments-là que votre existence prend tout son relief - mais vous le sentez d'autant plus fort que justement l'événement vous détourne de vous-mêmes. C'est parce que vous ne vous regardez pas que vous vous voyez réellement et spirituellement, en regardant l'autre et en vous perdant en lui."
Maurice Zundel, Emerveillement et pauvreté, dans: Année de la vie consacrée, Au coeur du silence (Saint-Augustin, 201

samedi 30 janvier 2016

Les miss étant trop jolies ♥ Lucky Luke reçu avec les honneurs dus à son rang ♥ Suite de l'extrait du post précédent

Les miss étant trop jolies il faut bien que quelques-uns et z'unes se dévouent pour faire une caricature de leur minois, du coup légèrement et si gentiment dézingué (vrai, ce n'est pas si méchant)....  la Miss France de cette année prend fait et cause pour la condition des animaux, c'est juste sous le dessin de Lucky Luke,  car je suis toujours Zébra, que Phil suit également alors qu'elle court au train de Lucky Luke dans la Caravane de Morris et Goscinny.

Cliquer sur le dessin  pour l'agrandir.
http://sans-voixinfos.hautetfort.com/archive/2016/01/30/belle-initiative-5752339.html



Suite de l'extrait mis en ligne hier 29 janvier, du chapitre IV Maison et univers, p. 57 et suiv.  de Poétique de l'espace de Gaston Bachelard :

 

"Je dis ma Mère. Et c'est à vous que je pense, ô maison !

Maison des beaux étés obscurs de mon enfance.

Milosz (Mélancolie)

 

C'est une semblable image qui s'impose à la reconnaissance émue de l'habitant de La Redousse. Mais ici, l'image ne vient pas de la nostalgie d'une enfance. Elle est donnée dans son actualité de protection. Au delà aussi d'une communauté de la tendresse, il y a ici communauté de la force, concentration de deux courages, de deux résistances. Quelle image de concentration d'être que cette maison qui se "serre" contre son habitant, qui devient la cellule d'un corps avec des murs  proches. Le refuge s'est contracté. Et davantage protecteur, il est devenu extérieurement plus fort. De refuge, il est devenu redoute. La chaumière est devenue un château fort du courage pour le solitaire qui doit y apprendre à vaincre la peur. Une telle demeure est éducatrice. On lit les pages de Bosco comme un emboitement des réserves de force dans les châteaux intérieurs du courage. Dans la maison devenue par l'imagination le centre même d'un cyclone, il faut dépasser les simples impressions du réconfort qu'on éprouve dans tout abri. Il faut participer au drame cosmique soutenu par la maison qui lutte. Tout le drame de Malicroix est une épreuve de solitude. L'habitant de La Redousse doit dominer la solitude dans la maison d'une île sans village. Il doit y acquérir la dignité de solitude atteinte par un ancêtre  qu'un grand drame de la vie a rendu solitaire. Il doit être seul, seul dans un cosmos qui n'est pas celui de son enfance. Il doit, homme d'une race douce et heureuse, hausser son courage, apprendre le courage devant un cosmos rude, pauvre, froid. La maison isolée vient lui donner des images fortes, c'est-à-dire des conseils de résistance.

Ainsi, en face de l'hostilité, aux formes animales de la tempête et de l'ouragan, les valeurs de protection et de résistance de la maison sont transposées en valeurs humaines. La maison prend les énergies physiques et morales d'un corps humain. Elle bombe le dos sous l'averse, elle raidit les reins. Sous les rafales, elle plie quand il faut plier, sûre de se redresser à temps en niant toujours les défaites passagères. Une telle maison appelle l'homme à un héroïsme de cosmos. Les métaphysiques "de l'homme jeté dans le monde" pourraient méditer concrètement sur la maison jetée à travers l'ouragan, bravant la colère du ciel. Envers et contre tout, la maison nous aide à dire : je serai un habitant du monde, malgré le monde. Le problème n'est pas seulement un problème d'être, c'est un problème d'énergie et par conséquent de contre-énergie.

Dans cette communauté dynamique de l'homme et de la maison, dans cette rivalité dynamique de la maison et de l'univers, nous sommes loin de toute référence aux simples formes géométriques. La maison vécue n'est pas une boîte inerte. L'espace habité transcende l'espace géométrique."

 

 

 

 

vendredi 29 janvier 2016

L'extrait

Maison et univers, chapitre IV page 55 et suivantes, du livre intitulé Poétique de l'espace de Gaston  Bachelard :

[...]"donnons l'exemple d'une positivité d'adhésion totale au drame de la maison attaquée par la tempête.

La maison de Malicroix s'appelle La Redousse (Henri Bosco, Malicroix, P. 105 et suiv.) Elle est construite sur une île de la Camargue, non loin du fleuve mugissant. Elle est humble. Elle paraît faible. On va voir son courage.

L'écrivain prépare la tempête en de longues pages. Une météorologie poétique va aux sources d'où naîtront le mouvement et le bruit. Avec quel art l'écrivain touche d'abord l'absolu du silence, l'immensité des espaces du silence !

"Rien ne suggère comme le silence le sentiment des espaces illimités. J'entrai dans ces espaces. Les bruits colorent l'étendue et lui donnent une sorte de corps sonore. Leur absence la laisse toute pure et c'est la sensation du vaste, du profond, de l'illimité qui nous saisit dans le silence. Elle m'envahit et je fus, pendant quelques minutes, confondu à cette grandeur de la paix nocturne.
"Elle s'imposait comme un être.
"La paix avait un corps. Pris dans la nuit, fait avec de la nuit. Un corps réel, un corps immobile."

Dans ce vaste poème en prose viennent alors des pages qui ont le même progrès de rumeurs et de craintes que les stances des Djinns chez Victor Hugo. Mais ici, l'écrivain se donne le temps de montrer le resserrement de l'espace au centre duquel la maison vivra comme un cœur angoissé. Une sorte d'angoisse cosmique préside à la tempête. Puis, toutes les gorges du vent se détendent. Bientôt, tous les animaux de l'ouragan donnent de la voix. Quel bestiaire du vent on pourrait établir si on avait le loisir, non seulement dans les pages que nous invoquons, mais dans toute l'œuvre de Henri Bosco, d'analyser la dynamologie des tempêtes! L'écrivain sait d'instinct que toutes les agressions, qu'elles viennent de l'homme ou du monde, sont animales. Si subtiles que soit une agression venant de l'homme, si indirecte, si camouflée, si construite qu'elle soit, elle révèle des origines inexpiées. Un petit filament animal vit dans la plus petite des haines. Le poète psychologue —  ou le psychologue poète, s'il en existe — ne peut se tromper en marquant d'un cri animal les différents types d'agressions. Et c'est aussi une des marques terribles de l'homme que de ne comprendre intuitivement les forces de l'univers que par une psychologie du courroux.

Et la maison contre cette meute qui, peu à peu, se déchaîne devient le véritable être d'une humanité pure, l'être qui se défend sans jamais avoir la responsabilité d'attaquer. La Redousse est la Résistance de l'homme. Elle est valeur humaine, grandeur de l'homme.

Voici la page centrale de la résistance humaine de la maison au centre de la tempête (p.115)

" La maison luttait bravement. Elle se plaignit tout d'abord ; les pires souffles l'attaquèrent de tous les côtés à la fois, avec une haine distincte et de tels hurlements de rage que, par moments, je frissonnais de peur. Mais elle tint. Dès le début de la tempête des vents hargneux avaient pris le toit à partie. On essaya de l'arracher, de lui casser les reins, de le mettre en lambeaux, de l'aspirer. Mais il bomba le dos et s'accrocha à la vieille charpente. Alors d'autres vents arrivèrent et se ruant au ras du sol ils foncèrent contre les murailles. Tout fléchit sous le choc impétueux, mais la maison flexible, ayant plié, résista à la bête. Elle tenait sans doute au sol de l'île par des racines incassables, d'où ses minces parois de roseaux crépis et de planches tenaient une force surnaturelle. On eut beau insulter les volets et les portes, prononcer des menaces colossales, claironner dans la cheminée, l'être déjà humain, où j'abritais mon corps, ne céda rien à la tempête. La maison se serra contre moi, comme une louve, et par moments je sentais son odeur descendre maternellement jusque dans mon cœur. Ce fut, cette nuit-là, vraiment ma mère.

"Je n'eus qu'elle pour me garder et me soutenir. Nous étions seuls."

En parlant de la maternité de la maison dans notre livre : La terre et les rêveries du repos, nous avions cité ces deux vers immenses de Milosz où s'unissent les images de la mère et de la maison :

Je dis ma Mère. Et c'est à vous que je pense, ô maison !
Maison des beaux étés obscurs de mon enfance.
(Mélancolie.) 
C'est une semblable image qui s'impose à la reconnaissance émue de l'habitant de La Redousse. Mais ici, l'image ne vient pas de la nostalgie d'une enfance. Elle est donnée dans son actualité de protection."

Suite de cet extrait demain.

Mon commentaire : on n'est pas juste dans le symbolisme ici. Il y a quelque chose de mystique. On pense en effet aux démons ou Djinns que Bachelard englobe dans le mot animalité.


jeudi 28 janvier 2016

L'arrivée lumineuse de Lulu ♥ Bellissima Nono ♥ Madaya : la pétition

C'est moi, Arsène Lupin ! Lulu pour les intimes. Je viens manger et puis "salut la compagnie !", les affaires m'appellent !
Bon, alors, passons aux choses sérieuses.... les croquettes, c'est par là...



Mince ! Lulu vient d'arriver... je me sens toute chose... salut frérot, tu reconnais ta Nono ?

Je me la joue Bowie : pour la séance photo j'me fais un œil vairon. Clique dessus pour me voir en plus grand... j'suis splendide, j'le vois dans l'œil admiratif de mémé.... qui m'confond pas avec Blacky l'arsouille, elle, ...  
Il ne faudrait peut-être pas oublier le plus beau, non mais alors....

Je sais aussi prendre un air furibard....Car j'ai du caractère de chat noir.
Et je sais aussi faire le tigre à l'instar du Tigret... Lulu est trop mondain pour rugir comme nous.
Mémé fait de la marche, mais pas à pas feutrés comme nous, dans les chemins boueux qu'elle prend.

Là, c'était quand je suis passé aux choses sérieuses avant de prendre le large aussitôt, comme un voleur. Vous souvient-il du nom que je porte... à merveille ?

Je pensais mettre un extrait de La poétique de l'espace de Bachelard, et puis les chats, m'apportant leur poétique de l'espace à eux, je me suis ravisée. L'extrait sera pour demain.

Madaya, la pétition : http://quaidebruay.blogspot.fr/2016/01/madaya-la-petition.html

Le bonjour des chats ♥♥♥ Lucky Luke ♠♦♣♥ Sans voix info

Sous les photos de chats, je pense mettre un extrait de La poétique de l'espace de Bachelard, incessamment sous peu.




Les trois photos ont été prises ce matin, vers huit heures.
Sans voix info, ici : http://sans-voixinfos.hautetfort.com/archive/2016/01/28/victoire-l-afrique-du-sud-interdit-la-chasse-au-leopard-pour-5751259.html

mercredi 27 janvier 2016

Zeb n'assume pas tjrs son nouveau super pouvoir — Patrick S Vast fait vaillamment face au corbeau — Kafka

En effet, Zebra n'assume pas toujours son nouveau pouvoir d'invisibilité, sans doute à cause de quelque racine méditerranéenne qui la titille, ayant perdu le toucher en gagnant en invisibilité. "Cours vers ton risque" dit le philosophe en général, sauf Phil, Philosophe particulier, qui l'encourage à se préserver ainsi. Fantasme de Zébra illustré ici :

 Pour rester dans le thème au fond, d'autres comme Patrick S Vast,  courent vers leur risque en se faisant connaître. Hélas, encore une fois mon ami n'est pas passé entre les gouttes : un corbeau le harcèle. Pourtant ces deux derniers romans dont il est question, que j'ai lus,  sont pleins d'audace courageuse et non pas inepte. Je les aime pour ma part. Soit dit en passant, pardon aux vrais corbeaux que j'apprécie en tant qu'oiseaux. Voyez le courage de Patrick S Vast :  http://patricksvast.hautetfort.com/   

Trouvé sur le Daily Ray, de Franz Kafka :

"The Expulsion from Paradise is eternal in its principal aspect: this makes it irrevocable, and our living in this world inevitable, but the eternal nature of the process has the effect that not only could we remain forever in Paradise, but that we are currently there, whether we know it or not."

L'expulsion du paradis est éternel sous son  principal aspect: ce qui rend la chose irrévocable, et  notre vie dans ce monde inévitable, mais la nature éternelle du processus a pour effet que  non seulement nous pourrions rester éternellement au paradis, mais que nous y sommes actuellement, que nous le sachions ou non ". 

~ Franz Kafka

Mon commentaire : ardu, non ? Nous sommes au paradis.... dans le processus de la mise à la porte ?
Comme dans un déchirement éternel ... voilà comment Kafka sentait les choses à moins  que je n'aie pas compris... 

mardi 26 janvier 2016

Zébra trouve l'univers de Morris et Goscinny un peu.... — Le cours de l'histoire changé par l'irruption d'un cochon sous les pattes d'un cheval

Zebra a acquis des pouvoirs d'invisibilité après avoir traversé moult épreuves. Elle aimerait pourtant que Lucky Luke et Sam s'aperçussent de sa présence, comme malgré elle. Un brin de coquetterie ? sentiment de solitude ? Timidité extrême ? Toujours est-il que pour l'heure, elle maugrée contre le monde macho de Lucky Luke tout en lorgnant vers un autre espace-temps d'où sa dessinatrice l'aperçoit si elle, Zébra,  le veut bien.  Au passage, je la remercie de s'être laissé apercevoir car vraiment, quelle charmante personne !



Le cours de l'histoire changé par l'irruption d'un cochon sous les pattes d'un cheval. Hélas, l'émission n'est pas entière ! J'écoute l'extrait ce soir. À  vous de voir si cela vous intéresse :

http://www.canalacademie.com/ida11039-Le-roi-tue-par-un-cochon-Une-mort-infame-aux-origines-des-emblemes-de-la-France.html

lundi 25 janvier 2016

La caravane de Morris et Goscinny légèrement revisitée — Qui était Raymond Duncan ? — Madaya

Andrew Boston, chef de la caravane espère bien que Lucky Luke acceptera de devenir capitaine de celle-ci, afin de remplacer Frank Malone dont la cupidité aurait tué Andrew si Lucky Luke, in extrémis, (à moins que ce ne soit Zébra, débarquée inopinément dans cet espace temps) n'était intervenu. Pour obtenir cet accord avec Lucky Luke, encore réticent (car tant qu'il peut payer ses limonades, Lucky Luke ne recherche pas vraiment de reconnaissance sociale), Andrew Boston l'a convié à une petite réception qu'il organisera en son honneur, en remerciement  de son geste salvateur.

Dessiner à main levée le personnage d'Andrew Boston, comme exercice de dessin, m'est très agréable et me permet de découvrir plus en profondeur le génie de Morris. J'aime beaucoup dessiner ce personnage-ci, tout en rondeur, par contre, sur ce dessin, le côté "grosses paluches", je l'ai un peu raté. Morris adore faire de grosses paluches à ses personnages. Dessiner de grosses mains est aussi un bon entraînement.

Autre sujet du jour : qui était Raymond Duncan ? C'est ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Raymond_Duncan 

En ce moment (11h05) j'écoute une émission sur Madaya. Pendant un temps, les terroristes bloquaient les camions humanitaires, 44 auraient réussi à passer depuis peu. Les gens ne sont pas sauvés pour autant. L'émission, sur France Culture,  sera podcastable je pense. La pétition :
http://quaidebruay.blogspot.fr/2016/01/madaya-la-petition.htmlhttp://quaidebruay.blogspot.fr/2016/01/madaya-la-petition.html

dimanche 24 janvier 2016

La baie d'Authie

 Hier nous sommes allés à la Baie d'Authie à Berck-sur-Mer. Le "vieux berckois" qui m'accompagnait ne reconnaissait pas bien les lieux depuis le temps qu'il n'y était pas venu : la mer ayant beaucoup avancé durant ces dernières années,  aurait  grignoté pas mal de plage ; des rochers supplémentaires auraient été installés selon lui, en guise de digue. "Rochers" ou blocs de bâtiments divers, détruits à une certaine époque, durant la guerre, qu'il me semble avoir toujours vus. Par le chemin sablonneux qui bordait la mer, à la baie d'Authie, nous avons tenté de rejoindre la "petite mer", direction la  Madelon, où notamment des chasseurs de gibier d'eau,  dits huttiers, ont installé leurs huttes durant des siècles. La Madelon possède un petit port aujourd'hui désaffecté, mais on y voit encore des bateaux dont quelques-uns ont l'air ensablés, dans un décor de nature préservée. La mer était un peu agitée, nous croyions que la marée était montée à son maximum et ce n'était pas le cas. Au retour nous n'avons plus pensé à retrouver ce chemin, avait-il été recouvert ? Étant repassés par la route du phare, nous n'avons pas fait attention. Ce chemin direction la Madelon,  à un moment donné, s'écarte de la mer et s'enfonce parmi une végétation de pins maritimes et arbustes, ce, durant deux bons kilomètres, voire plus, au bout desquels nous avons aperçu une camionnette blanche entourée d'hommes en tenue de cantonniers, vêtus du désormais incontournable boléro jaune fluo. Mon ami avait oublié ou ne savait plus que ce chemin existait, il a émis l'hypothèse qu'il avait été récemment créé par des protecteurs de la nature. Il est vrai que les arbres, assez élevés cependant, ont la vigueur de la jeunesse. Un semblant de barrière en bois, en fait des poteaux à hauteur d'homme entre lesquels se faufiler pour "sortir" et se retrouver près de la camionnette : nous nous sommes immobilisés là. À partir de l'endroit où se trouvent les ouvriers et leur camion, un nouveau sentier part vers la gauche. J'ai demandé aux hommes où il menait, à quoi ils m'ont répondu cette phrase étrange : "À Aldi." Il y a un village du nom de Aldi par ici ?, me demandai-je sans oser formuler tout haut la question,  me contentant de répéter "Aldi ?" Puis, face au silence de mes protagonistes, d'ajouter "Non, sans blague, il mène où ce chemin ?" Tous comme un seul homme interloqué répondirent, incrédules et butés : "À Aldi." Je me retourne vers mon ami, ne sachant que dire tandis qu'ils précisent "Aldi, au rond-point Aldi." "Oui ou merde, il va ou pas vers Groffliers ce chemin ?" "me pensai-je". Groffliers étant le nom du village où j'intuitai qu'il pourrait éventuellement mener. Mon ami reste mutique et me fait signe qu'on va "faire la boucle" car, ce côté-ci de la barrière, le chemin où nous sommes en forme une, décrivant un parfait demi-tour dans la direction d'où nous venons, quoique pas tout à fait, puisqu'il s'enfonce plus ou moins vers les dunes. Je remercie les hommes au regard placide et suis mon guide en maugréant dans ce moment de grande solitude contre le consumérisme, ayant compris que Aldi était le nom d'un magasin dont ils faisaient la publicité involontairement, conditionnés comme nous le sommes. Soudain quelque chose me fit oublier l'incident : l'apparition de silhouettes totalement irréalistes dans ce décor de dunes. C'était énorme. Je crus voir se découper la silhouette d'un éléphant, bientôt suivie d'une autre, aussi colossale,   au sommet de la plus haute dune. J'écarquillai les yeux, ne croyant pas d'emblée ce que je voyais. Il s'agissait de chevaux. Jamais je n'en avais vu d'aussi gros. Ou était-ce un effet de la brume assez épaisse  où seules les vagues à l'écume blanche comme le plâtre se découpaient nettement ? Ils descendaient à pas prudents le haut monticule de sable, les cavaliers paraissant des enfants sur leur dos. Je me plantai parmi des broussailles afin de les regarder passer sans les gêner... quand ils furent presque arrivés à ma hauteur, ma curiosité l'emporta et je demandai à la première cavalière la race des chevaux. Pas très loquace à l'instar des gens du coin en général un jour de brume elle me dit qu'elle ne savait pas.   "Parce qu'ils sont très gros, lui lançai-je, un brin insistante. Ce serait ça des boulonnais ?" La tête tournée vers moi, l'air aussi désapprobateur que les cantonniers que nous avions laissés depuis peu, elle me répondit que "Non pas des boulonnais ! Ce sont des chevaux de selle." Nous voilà partis vers la mer, pour cela il fallut monter et dévaler des dunes abruptes. Une fois les montées et descentes accomplies nous la longeons un bon moment et nous retrouvons soudain dans un cul de sac : des dunes se profilaient à nouveau devant nous,  entourées de "rochers"  où se profile un grand panneau, signalant l'endroit comme dangereux. Alors quoi ? S'en retourner ? Patrick esquisse quelques pas sur les rochers. Je crie (modérément) que "non, pas par là", qu'il nous faut "remonter par les dunes", d'autant que j'ai remarqué la mer qui avançait encore. Il m'écouta fort heureusement et nous voilà à grimper les dunes. Elles sont si raides que nous avons fini l'ascension à genoux, Patrick se tenant au oyats, moi plantant mes doigts comme des rivets dans le sable humide à point, et me hissant assez lestement vers le sommet,  genoux  dans le sable. Mon ami veut continuer par les dunes faiblement vallonnées. Me vient l'idée que si nous grimpons la haute dune en face de nous, (si haute!),  nous retrouverons le chemin de sable que nous avions emprunté, pas loin derrière. C'était parti pour une autre ascension sur les rotules, les "doigts en rivets", me concernant. Au sommet de cette montagne de sable, nous avons en effet vu ce sentier sablonneux. Nous avons bifurqué vers le phare. La mer avait-elle recouvert le chemin de la baie d'Authie ? Je pense que non mais j'aurais dû vérifier.           
        












Métamorphose de Tirésias, d'Ovide : http://quaidebruay.blogspot.fr/2011/01/la-metamorphose-de-tiresias.html

vendredi 22 janvier 2016

Quelques lignes de Bachelard en anglais, avec traduction — Les éléphants

Poetry gives not so much a nostalgia for youth, which would be vulgar, as a nostalgia for the expressions of youth. It offers images as we should have imagined them during the "original impulse" of youth. Primal images, simple engravings are but so many invitations to start imagining again. They give us back areas being ...

La poésie nous donne non pas tant la nostalgie de la jeunesse, ce qui serait vulgaire, mais la nostalgie des expressions de la jeunesse. Elle nous offre des images comme nous aurions dû les imaginer dans "l'initial élan" de la jeunesse. Les images princeps, les gravures simples, les rêveries de la hutte sont autant d'invitations à recommencer d'imaginer. Elles nous rendent des séjours d'être...

Bachelard La poétique de l'espace, p. 47

Lu sur le Net pour le Bachelard en anglais. Le traducteur à oublié de mentionner "les rêveries de la hutte", sinon, c'est de la haute volée de traduction ! Bachelard a de la chance ! Et nous aussi...

Pour autant, n'oublions pas les êtres traqués, parmi eux, les éléphants, trésors de la nature, trésors de tendresse aussi et de dignité, défendons-les, protégeons leur vie en Afrique : https://secure.avaaz.org/fr/yahoo_ivory_loc_/?bnHtwab&v=71633&cl=9284259993

negro spiritual — le massacre des éléphants, alerte ! — Zébra



Alerte ! Massacre des éléphants, signez la pétition, merci pour eux. C'est ici :

https://secure.avaaz.org/fr/yahoo_ivory_loc_/?bnHtwab&v=71633&cl=9284259993


Si tu n'peux pas venir
Parmi ceux qui t'réclament,
Mon Dieu, envoie ton ange,
Qu'il vienne chercher mon âme,
Qu'il me ramène aux cieux,
Aussi vite que tu peux, mon Dieu !

Si tu n'peux pas venir
Consoler nos malheurs, envoie ton ange,
Envoie-le à minuit,
Envoie-le au matin,
Envoie-le quand l'jour meurt, Seigneur !

Si tu n'peux pas venir
Pour guérir nos misères,
Mon Dieu, envoie ton ange,
Envoie-le sur l'éclair,
Envoie-le dans l'tonnerre
Ou dans l'rayon d'lumière,
Aussi vite que tu peux, mon Dieu !

Si tu n'peux pas venir
Si t'es vraiment trop loin,
Mon Dieu, envoie ton ange,
Pour qu'il soit ton témoin
Pour qu'il soit not' sauveur,
Au milieu
D'ceux qui pleurent !

Mon commentaire : Ce negro spiritual est poignant, mais doit être lu par des personnes saines d'esprit, car il ne s'agit pas de "faire l'ange" et d'occire  des quidams  dont on juge que leur vie ne vaut pas la peine d'être vécue. Le poète, croyant, parle d'un vrai ange.


Zébra, charmante souris errante, à ce point charmante que je la suis fidèlement, suivant la caravane. Et pourtant, dans quel étrange espace-temps s'est-elle fourvoyée !

 


jeudi 21 janvier 2016

Madaya — poèmes — Zébra — Info

Le poème du jour :

Ô grand Esprit, aide-moi à ne jamais
 juger autrui sans avoir d'abord marché
deux semaines dans ses mocassins.

Prière des Indiens Sioux

Zébra suivant la caravane de Morris et Goscinny,  médusée. Ceux de l'espace-temps où elle s'est faufilée par hasard ne la voient pas, hormis Frank Malone, à qui elle a  flanqué la peur de sa vie.



 





Le lien pour Madaya : http://quaidebruay.blogspot.fr/2016/01/madaya-la-petition.html 

Info du jour sur ce blog :
"Varsovie n'acceptera plus d'animaux dans les cirques souhaitant monter leur chapiteaux sur les terrains municipaux, a annoncé ce mardi la maire de la capitale polonaise Hanna Gronkiewicz-Waltz.
"Cet arrêté répond à une prise de conscience et de la sensibilité grandissante au sein de la société. Nous voulons promouvoir de bons modèles de relations entre l'homme et l'animal", a déclaré Hanna Gronkiewicz-Waltz sur le site officiel de la mairie."
Lue sur le blog de Jean Paul 

mercredi 20 janvier 2016

Igneus — Zébra — Money

 Il s'appelle Patrick Vast et il a écrit Igneus. Je ne peux pas  trop parler de son travail, étant trop proche de lui.  Je salue le courage et le travail de l'écrivain avant de laisser la parole  à quelqu'un d'autre, qui saura mieux en parler que moi, le lien de son blog juste sous la photo de la couverture du livre.

 
http://leshootdeloley.blogspot.fr/2016/01/igneus-de-patrick-s-vast.html


Voici le Lucky Luke du jour, toujours suivant la Caravane de Morris et Goscinny.

Résolument invisible, cette fois à ce point invisible que je n'ai pas pu la dessiner, Zébra n'est pas prête de se montrer, surtout dans ce bar, étant fauchée comme les blés. Phil et elle se sustentent de choses offertes par Dame Nature... et leurs besoins sont devenus minimes, étant désincarnés ou presque  la plupart du temps.

À propos d'argent !
 L'argent, sa signification, traité dans La vie des Idées. Le lien est sous le dessin.

http://www.laviedesidees.fr/L-argent-et-la-valeur.html

mardi 19 janvier 2016

La pétition — Zébra, curieuse comme un petit chat, mais bcq plus prudente, suit le mouvement — Un imam ouvre les portes de sa mosquée aux chats errants

La pétition, c'est ici : http://quaidebruay.blogspot.fr/2016/01/madaya-la-petition.html

Quand le poète est en plein rêve éveillé, il projette son monde intérieur et devient puissamment bénéfique à mon sens. Avec ce poème, nous nous trouvons dans le monde intérieur de son auteur (anonyme), et ce monde a le parfum de l'encens. Il ne parle pas de la réalité du monde extérieur, mais de celle qu'il porte, empli de gratitude envers... l'Invisible. Ce poème pourrait éventuellement avoir été écrit par un enfant heureux. Le poème en question :

 Je vais mettre mon manteau de ciel bleu
Brodé de flocons et tout perlé de givre ;
je vais enfiler mes moufles de vent,
Et nouer mon capuchon d'étoiles ;
Je vais chausser mes mules aux mille grelots.
Alors, vêtu de joie, éclaboussé de rires,
Au crépuscule, je bondirai vers toi,
Je viendrai te porter les jolies nouvelles
Du monde que tu nous as donné.

Et voici Zébra, tout en curiosité et prudence....


L'imam en Turquie, qui a ouvert les portes de sa mosquée aux chats errants : http://sans-voixinfos.hautetfort.com/archive/2016/01/18/un-imam-turc-ouvre-les-portes-de-sa-mosquee-pour-venir-en-ai-5746515.html
  

lundi 18 janvier 2016

Pas évident de décrypter le monde politique pour Zébra — Des massacres dans l'ombre — sauveteur en eau vive


Crimes, massacres, et ceux dont on parle si peu. C'est ici :

http://sans-voixinfos.hautetfort.com/archive/2016/01/17/a-diffuser-pour-retrouver-ce-fumier-5745870.html 

 Faisons comme le grand Bachelard, objectivons le meilleur de l'homme, l'homme dans sa verticalité.  

samedi 16 janvier 2016

Madaya, la pétition — Le poème de Francis André, un autre de Philip Tebbs et un texte d'Antoine

C'est ici :

https://secure.avaaz.org/fr/madaya_starvation_siege_loc/?pv=122&rc=fb

Et moi qui étais là, ployé parmi mes frères,
Moi qui portais aussi la peine de la vie,
Je sentais se lier, s'enchaîner nos efforts,
Et se lier aussi nos efforts et nos peines
Aux gestes accomplis dans tous les soirs d'automne,...

... Aux mouvements que font, là-bas, dans d'autres plaines,
Tant d'autres corps ployés par le même destin...
Et je sentais aussi qu'il fallait nous aimer,
Nous chercher, nous unir, nous aimer
Comme on n'a pas encore aimé...

Francis André : http://www.servicedulivre.be/sll/fiches_auteurs/a/andre-francis.html 


Le poème de Philip Tebbs

À mon appel tu répondras.

Dans le feu, le déluge, le danger,
Dans le chagrin, la maladie,
Et dans la guerre et les conflits.

À mon appel tu répondras.

Dans la soif et la faim,
La confusion et l'ignorance,
Dans le froid et l'errance.

À mon appel tu répondras.

Bénis ceux qui aident
Les autres dans la difficulté.
Donne-leur la vaillance et la force
D'accomplir leur mission.

À notre appel tu répondras.

Philip Tebbs

Le texte d'Antoine de Padoue :

"Veux-tu grandir dans la foi? Rends chaque jour gloire à Dieu, non à l'homme; au Créateur et non pas à la créature. Veux-tu renoncer à la médisance? Oublie toute rancune et toute envie. Parlant des autres, fais tiens leurs propres maux. Miséricordieux est celui qui éprouve douleur pour la souffrance d'autrui. Et quand, en Sa présence, ton âme se souvient-elle que Dieu est miséricorde? Quand elle est certaine de ne rien posséder en soi, ni même pour soi, mais attribue tout à Celui qui est tout Bien, et la source dont jaillit toute grâce. Éclairée par Dieu, l'âme devient alors vraiment ce paradis qui embaume de charité, d'humilité, de chasteté en qui descend et repose le Bien-Aimé."

Trouvé sur le blog Jubilate Deo  : http://jubilatedeo.hautetfort.com/archive/2015/11/19/morceaux-choisis-423-antoine-de-padoue-5718780.html

La caravane — Le podcast

Je suis la Caravane De Moris et Goscinny,  version Zébra avec ce dessin :

  Dans l'émission dont je vais mettre le lien du podcast sous la note trois écrivains parlent de leur roman, ou conte pour Sylvie Germain, dont le thème est la violence. Il s'agit d'Édouard Louis qui a écrit Histoire de la violence, de Cécile Ladjali, dont le roman s'intitule Illétré et de Sylvie Germain avec A la table des hommes.

"A la table des hommes, dit Sylvie Germain, on sert beaucoup de violence". Pour Cécile Ladjali le langage est une respiration, qui permet d'être, d'asseoir son humanité, de se défendre, de se voir avec du recul ou mettre la distance qui sauve. Ensuite seulement peut venir le silence. Sans langage, le presque mutique subit, on pense à sa place, il ne peut pas se défendre, de là peut surgir la violence.
Voici le lien du podcast de l'émission qui dure une cinquantaine de minutes : http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=5140377
 

vendredi 15 janvier 2016

Vu et entendu — Le sitting de Yoko

Je viens de regarder et surtout d'écouter le documentaire concernant les loups, où est mis en évidence le mécanisme de la projection de l'homme sur la bête : ce qu'on n'aime pas en soi, si l'on n'y prend garde, on dit que c'est l'autre que ce défaut ou cette défaillance concernent,  "C'est pas moi, c'est l'autre. C'est pas moi, c'est le loup."

J'ai noté aussi le piètre constat sur l'homme de la part d'un des intervenants (ils sont trois) : "J'apprécie trop le loup pour essayer de l'identifier à l'homme. Lui ne tue pas pour le plaisir alors que l'homme tue pour le plaisir quand même..."  ; le même intervenant a parlé de l'anthropomorphisme : l'homme prêtant des émotions aux animaux. Je ne crois pas à l'anthropomorphisme car pour peu  que l'on ait l'occasion d'approcher un animal dans sa vie de tous les jours, de la partager avec lui, on se rend compte que bien évidemment ils ont des émotions, ce ne sont pas des robots ! Par contre leur puissance de réflexion est plus limitée.... c'est pourquoi, c'est à l'homme qu'incombe la responsabilité de protéger leur environnement et de respecter leur vie.

Ne loupez pas cette video, qui dure une vingtaine de minutes qui passent très vite :

http://www.inumaginfo.com/canislupuslapeurduloupintegrale.html 

Pas moyen de dessiner devant l'ordi,  pour suivre la caravane de Lucky Luc, le sitting insistant de Yoko m'en a empêchée. Yoko's sitting :




Cette photo est d'hier.

  Ainsi que celle-ci et la suivante. À propos, le pape invite des exclus au cirque. C'est ici :
http://sans-voixinfos.hautetfort.com/archive/2016/01/15/le-pape-invite-2000-personnes-au-cirque-5744984.html

Nous allons vivre, en suivant Bosco, une maison à racine cosmique

Suite de l'extrait du post daté du 13 janvier 2016, où Bachelard, Gaston de son adorable petit nom, parle de Bosco, cet auteur ayant été comme lui un grand rêveur de maisons :

"Dans une autre demeure où nous conduit le romancier, l'ultra-cave n'est plus sous le signe des ténébreux projets des hommes infernaux. Elle est vraiment naturelle, inscrite dans la nature d'un monde souterrain. Nous allons vivre, en suivant Henri Bosco, une maison à racine cosmique.

Cette maison à racine cosmique va nous apparaître comme une plante de pierre qui croît du rocher jusqu'à l'azur d'une tour.

Le héros du roman de L'antiquaire surpris dans une visite indiscrète a dû s'engager dans le sous-sol d'une maison. Mais, tout de suite, l'intérêt du récit réel passe au récit cosmique. Les réalités servent ici à exposer des rêves. D'abord, on est encore dans le labyrinthe des couloirs taillés dans le roc. Puis soudain, une eau nocturne est rencontrée. Alors, la description des événements est, pour nous, suspendue. Nous ne recevrons le prix de la page que si nous y participons par nos rêves de la nuit. En effet, un grand rêve qui a la sincérité des éléments s'intercale dans le récit. Lisons ce poème de la cave cosmique(1) :

"Juste à mes pieds l'eau sortit des ténèbres.
"L'eau !... un bassin immense !... Et quelle eau !... Une eau noire, dormante, si parfaitement plane que nulle ride, nulle bulle d'air, n'en troublait la surface. Pas de source, pas d'origine. Elle était là depuis des millénaires, et y restait surprise par le roc, elle s'étendait d'une seule nappe insensible et était devenue, dans sa gangue de pierre, elle-même, cette pierre noire, immobile, captive du monde minéral. de ce monde oppressif elle avait subi la masse écrasante, l'entassement énorme. Sous ce poids, on eût dit qu'elle avait changé de nature, en s'infiltrant à travers l'épaisseur des dalles de calcaire  qui en retenaient le secret.  Elle était devenue ainsi l'élément fluide le plus dense de la montagne souterraine. Son opacité et sa consistance insolite (2) en faisaient comme une matière inconnue  et chargée de phosphorescences dont n'affleuraient à la surface que de fugitives fulgurations. Signes des puissances obscures au repos dans les profondeurs, ces colorations électriques manifestaient la vie latente et la redoutable puissance de cet élément encore assoupi. J'en frissonnais."

Ce frisson, on le sent bien, n'est plus une peur humaine, c'est une peur cosmique, une peur anthropo-cosmique qui fait écho à la grande légende de l'homme rendu aux situations primitives. De la cave taillée dans le roc au souterrain, du souterrain à l'eau dormante, nous sommes passés du monde construit au monde rêvé ; nous sommes passés du roman à la poésie. Mais le réel et le rêve sont maintenant dans une unité. La maison, la cave, la terre profonde trouvent une totalité par la profondeur. La maison est devenue un être de la nature. Elle est solidaire de la montagne et des eaux qui travaillent la terre. La grande plante de pierre qu'est la maison pousserait mal  si elle n'avait pas l'eau des souterrains à sa base. Ainsi vont les rêves en leur grandeur sans limite.

La page de Bosco par sa rêverie cosmique apporte au lecteur un grand repos de lecture en lui demandant de participer au repos que donne tout onirisme profond. Le récit séjourne alors dans un temps suspendu propice à l'approfondissement psychologique. Maintenant, le récit des événements réels peut reprendre : il a reçu sa provision de cosmicité et de rêverie. En fait, par de-là l'eau souterraine, la cave de Bosco retrouve ses escaliers. La description, après la pause poétique, peut dérouler à nouveau son itinéraire : " Un escalier se creusait dans le roc et, en montant, tournait. Il était très étroit et raide. Je le pris"(p.155). Par cette vrille, le rêveur s'extrait des profondeurs de la terre et il entre dans les aventures de la hauteur. En effet, à l'extrémité de tant de défilés tortueux et étroits le lecteur débouche dans une tour. Cette tour est la tour idéale qui enchante tout rêveur d'une antique demeure : elle est "parfaitement ronde" ; elle est entourée d'une "brève lumière" tombant "d'une fenêtre étroite". Et le plafond est voûté. Quel grand principe de rêve d'intimité qu'un plafond voûté ! Il réfléchit sans fin l'intimité à son centre. [...]

Ainsi, la maison évoquée par Bosco va de la terre au ciel. Elle a la verticalité de la tour s'élevant des plus terrestres et aquatiques profondeurs jusqu'à la demeure d'une âme croyant au ciel. Une telle maison, construite par un écrivain, illustre la verticalité de l'humain. Et elle est oniriquement complète. Elle dramatise les deux pôles des rêves de la maison. Elle fait la charité d'une tour à ceux qui peut-être n'ont même pas connu un colombier. La tour est l'œuvre d'un autre siècle. Sans passé, elle n'est rien. Quelle dérision qu'une tour neuve ! Mais les livres sont là qui donnent à nos rêveries mille demeures. Dans la tour des livres, qui n'a pas été vivre ses heures romantiques ? Ces heures reviennent. La rêverie en a besoin. Sur le clavier d'une vaste lecture touchant la fonction d'habiter, la tour est une note aux grands songes. Que de fois, depuis que j'ai lu L'antiquaire, je suis allé habiter la tour d'Henri Bosco !"

Gaston Bachelard pages 39-40 La Poétique de l'espace, p. 39-40


Mon commentaire : mes rêves sont dépourvus de caves et de tours, je rêve extra muros ou alors les rêves se déroulent dans des pièces, des décors assez vagues qui n'ont pas d'importance en soi, c'est l'événement qui prime, ce qui arrive aux protagonistes du rêve et à moi-même.   Et pourtant le discours de Bachelard   m'intéresse énormément. Cette maison cosmique c'est l'être humain qui s'élève : de ses bas instincts le voilà qu'il s'extirpe, parvient à prendre l'escalier (l'escalier que d'autres ont construit, il n'est pas si seul dans son esprit car l'escalier est comme une main tendue... qui serait fraternelle). L'auteur s'objective, s'élève. A la fin j'ai l'impression qu'il s'est extirpé par le romantisme de choses inquiétantes, peut-être très glauques....  objectiver ou imaginer la jeune fille dans la tour l'a tiré d'une situation de départ bien difficile car les eaux captives, c'était un peu de lui aussi.

Les notes (1) et (2) :

(1) : Henri Bosco, L'antiquaire, p. 154

(2) Dans une étude sur l'imagination matérielle : L'eau et les rêves, nous avons rencontré une eau dense et consistante, une eau lourde. C'était celle d'un grand poète, d'Edgar Poe, cf. chap. 11.           


jeudi 14 janvier 2016

Le poème du jour, d'Eugène Guillevic

Douceur
Je dis : douceur.
Je dis : douceur des mots
Quand tu rentres le soir du travail harassant
Et que des mots t'accueillent
Qui te donnent du temps.
Car on tue dans le monde
Et tout massacre nous vieillit.
je dis : douceur
Pensant aussi
À des feuilles en voie de sortir du bourgeon,
À des cieux, à de l'eau dans les journées d'été,
À des poignées de main.
Je dis : douceur, pensant aux heures d'amitié,
À des moments qui disent
Le temps de la douceur venant pour tout de bon

Eugène Guillevic

Les enfants n'aimant pas les clôtures — Les loups, écrasés par leur symbole : vidéo

Les enfants n'aimant pas les clôtures, Elsa est plus visible :

Les voisins ne m'ont pas donné l'aimable autorisation de photographier leur chat, ne leur ayant pas demandée, mais Elsa reine des neiges avait trop envie d'être photographiée.


Lui, les séances photos, il adore ça, en dépit de l'éblouissement et qu'il ne gagne pas les concours beauté des bipèdes. Il est naturellement sûr de lui une fois sur son territoire en compagnie de ses "maîtres", alors, ces conditions réunies, il se vit comme une sorte de roi,  félin à fond en somme. Le voilà encore sur mes genoux, la tête coincée dans le casier du bureau sur lequel est posé l'ordi.

Le beau Tigret. Plus distant mais d'une grande douceur il vient de plus en plus souvent réclamer des câlins... quand il a envie d'un extra peut-être car il est gourmand.


  Le grand joueur, c'est lui. Et comme leur maman était, et j'espère est toujours, une chatte sauvage, ils ne rentrent pas leurs griffes facilement même quand ils jouent, (sauf Tigret, qui ne les sort jamais avec nous, même quand il est grognon, ce qui lui arrive rarement).

Ce qui m'a étonnée quand j'ai emménagé à Béthune, c'est que très vite, on ne peut pas ne pas faire connaissance avec les chats pour peu qu'on ait un rez-de-chaussée dans cette ville. Animaux qui ne m'attiraient pas plus que ça avant. J'ai fait la connaissance d'abord de la chatte Tessa de son vrai nom et que j'avais baptisée Tisso, ne connaissant pas son vrai nom à l'époque ; ses maîtres partis en vacances l'avaient laissée dans leur patio, quelqu'un venant la nourrir tous les jours mais Tessa, folle d'inquiétude face à leur absence qui se prolongeait finit par chercher ma présence. J'avais observé son manège et surtout sa détresse. Elle pleurait véritablement ses maîtres les premiers jours, d'après ses miaulements plaintifs devant la porte fenêtre de leur maison, à la limite de la panique.  Je lui ai acheté une boîte de sardines, et à l'époque, n'ayant pas de vaisselle pour animaux, je les ai déposées à même le sol. Elle m'a regardée avec des yeux interloqués. On aurait dit le mime Marceau par son éloquence. Comme si elle me disait "ça ne se fait pas, de déposer la nourriture comme ça." Puis j'ai avancé ma main vers elle, et elle a voulu jouer avec moi, mais moi, ne connaissant pas les chats, j'ai retiré ma main immédiatement quand elle a fait mine de l'agripper, en poussant un petit cri. Là, elle a eu l'air surpris encore d'un être qui découvre une balourdise inouïe de bipède pataud et j'ai eu la certitude qu'elle se moquait : je l'ai vue littéralement rire. Et en même temps, par mon "originalité", ou mon côté saugrenu à ses yeux, à ce moment précis de rigolade, elle s'est attachée à moi. Tessa était tendre même quand elle se moquait. Quand ses maîtres sont revenus une quinzaine  de jours plus tard, elle était submergée par l'émotion. À mon tour de la voir comme un peu folle car elle allait de ma maison à la leur — les clôtures hautes étaient absentes à l'époque, si bien que les minces bas grillages nous permettaient de voir tout ce qui se passait dans les patios avoisinants — elle allait disais-je, de leur maison à la mienne et vice versa, comme affolée, sans savoir se fixer, comme si elle ne voulait pas se résoudre à "me laisser" malgré sa joie de les avoir retrouvés. Si bien que j'ai dû l'aider. Quand elle venait, je ne la laissais plus rentrer. J'ai découvert la profondeur de sentiment des félins, leur noblesse en somme, à Béthune, ville des chats. 

Cela dit, les chats ont-ils raison d'aimer les hommes au point de leur faire tellement confiance ? Car nous leur laissons peu de place et peu de liberté sur la planète. En même temps, en les adoptant, pas mal d'oiseaux survivent mieux. Cela dit il faudrait quand même arrêter de les stériliser à tout crin .... pour voir encore des chats sur les toits sous la pleine lune .... les oiseaux connaissant bien leurs territoires respectifs.

Voici maintenant la vidéo concernant les loups, "écrasés par leur symbole", trouvée sur le blog de Jean-Paul : http://www.inumaginfo.com/canislupuslapeurduloupintegrale.html