dimanche 4 avril 2010

vendredi 2 avril 2010

Jacques Douai en poésie

Le roman de la Rose

Un poème de JEAN DE MEUNG

LA VRAIE NOBLESSE

Les princes ne méritent pas
Qu’un astre annonce leur trépas
Plutôt que la mort d’un autre homme :
Leur corps ne vaut pas une pomme
De plus qu’un corps de charretier,
Qu’un corps de clerc ou d’écuyer,
Je les fais pareillement nus,
Forts ou faibles, gros ou menus,
Tous égaux sans exception
Par leur humaine condition.
Fortune donne le restant,
Qui ne saurait durer qu’un temps,
Et ses biens à son plaisir donne,
Sans faire acception de personne,
Et tout reprend et reprendra
Sitôt que bon lui semblera.
Si quelqu’un, me contredisant,
Et de sa race se targuant,
Vient dire que le gentilhomme
(Puisqu’ainsi le peuple les nomme)
Est de meilleure condition
Par son sang et son extraction
Que ceux qui la terre cultivent
Et du labeur de leurs mains vivent,
Je réponds que nul n’est racé
S’il n’est aux vertus exercé,
Nul vilain, sauf par ses défauts
Qui le font arrogant et sot.
Noblesse, c’est cœur bien placé,
Car gentillesse de lignée
N’est que gentillesse de rien
Si un grand cœur ne s’y adjoint.
Il faut donc imiter au mieux
Les faits d’armes de ses aïeux
Qui avaient conquis leur noblesse
Par leurs hauts faits et leurs prouesses ;
Mais, quand de ce monde ils passèrent,
Toutes leurs vertus emportèrent,
Laissant derrière eux leur avoir :
C’est tout ce qu’il reste à leurs hoirs ;
Rien d’autre, hors l’avoir, n’est leur,
Ni gentillesse, ni valeur,
À moins qu’à noblesse ils n’accèdent
Par sens ou vertu qu’ils possèdent.
Au clerc il est bien plus aisé
D’être courtois, noble, avisé
(je vous en dirai la raison)
Qu’aux princes et aux rois qui n’ont
De lettres la moindre teinture ;
Car le clerc trouve en écriture,
Grâce aux sciences éprouvées,
Raisonnables et démontrées,
Tous maux dont il faut se défaire
Et tout le bien que l’on peut faire :
Choses du monde il voit écrites
Comme elles sont faites et dites.
Il lit dans les récits anciens
Les vilenies de tous vilains
Et les hauts faits des héros morts,
De courtoisie un vrai trésor.
Bref il peut voir, écrit en livre,
Tout ce que l’on doit faire ou suivre ;
Aussi tout clerc, disciple ou maître,
Est noble, ou bien le devrait être ;
Le sachent ceux qui ne le sont :
C’est que le cœur trop mauvais ont,
Car ils sont plus favorisés
Que tel qui court cerfs encornés …

(Le Roman de la Rose)
Trad. A. Lagarde et L. Michard, éd. Bordas)

jeudi 1 avril 2010

Une époque, un auteur : Michel Zevaco



..."A noter qu’au début du 20ème siècle, Michel ZEVACO était l’un des auteurs les mieux payés de France avec Gaston LEROUX, l’auteur des aventures de "Rouletabille" et du "Mystère de la Chambre Jaune"."

Le site : http://lieuxdits.free.fr/zevaco.html

Le temps



BALLADE DES DAMES DU TEMPS JADIS
Un poème de François Villon

Dites-moi où, n’en quel pays,
Est Flora la belle Romaine,
Archipiadès, ni Thaïs,
Qui fut sa cousine germaine,
Écho parlant quand bruit on mène
Dessus rivière ou sur étang,
Qui beauté eut trop, plus qu’humaine ?
Mais où sont les neiges d’antan ?

Où est la très sage Héloïs,
Pour qui fut châtré et puis moine
Pierre Abélard à Saint-Denis ?
Pour son amour eut cette essoine.
Semblablement, où est la reine
Qui commanda que Buridan
Fut jeté en un sac en Seine ?
Mais où sont les neiges d’antan ?

La reine Blanche comme lis
Qui chantait à voix de sirène,
Berthe au grand pied, Biétris, Alis,
Haremburgis qui tint le Maine,
Et Jeanne la bonne Lorraine
Qu'Anglais brûlèrent à Rouen ;
Où sont-ils, où, Vierge souvraine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?

Prince, n'enquerrez de semaine
Où elles sont, ni de cet an,
Qu'à ce refrain ne vous remaine :
Mais où sont les neiges d'antan ?