Grande conversation avec un congénère ; alors que je revenais... des courses, encore les courses ! je l'ai rencontré. "Alors vous vous êtes mis au vélo ?" lui dis-je, car je l'avais vu en bicyclette quelques heures auparavant, coiffé d'un casque et gilet jaune fluo poussin. Ce qui est curieux avec ce monsieur, c'est que nous aimons bien converser, sans que lui sache combien je ne partage pas ses opinions politiques. Il est sincère et de bonne foi, par exemple à sa phrase très Célinienne (si cela se trouve) " C'est ça la vie ! La vie c'est obéir ! C'est ce que les jeunes ne veulent pas comprendre !" j'ai répondu avec tact dans la langue de bois honnie "C'est vrai que dans la vie il faut parfois savoir en rabattre !" Ce que j'étais justement en train de faire en prononçant cette phrase fort peu courageuse. Mais que voulez-vous, malgré ses opinions politiques je le trouve gentil le bonhomme, sans méchanceté aucune. Si je lui avais dit "Je pense que dans la vie il faut parfois aussi savoir désobéir" cela l'aurait plongé dans un océan de perplexité et la conversation aurait tourné court, au lieu de quoi, grâce à ma langue de bois — à l'instar des politiques que je critique tout le temps, pour le coup mais bon — il a continué de me parler et j'ai ainsi appris que la maison que j'habite et la maison mitoyenne, celle que Maureen a quittée depuis peu, avaient été construites à la place où se trouvait un antique moulin. "Avec des ailes ?" ai-je demandé à mon congénère "C'était une roue, qui plongeait dans la rivière, une grande roue qui tournait dans l'eau." "ça devait être beau ! et il a fallu qu'ils démolissent ça ! Vous me direz, j'habite dans la maison construite à la place ..." "Avant, reprend mon protagoniste, c'était le moulin, avec un mur assez haut qui le ceinturait, mais on voyait la roue de la rue, et il y avait toute la nature autour. C'était un quartier très vivant, avec plein de cafés de mariniers, c'était vivant ! et plein de petits magasins de toutes sortes dans votre rue ! y'en avait ! Y'avait de l'ambiance parce que les mariniers y aiment la bagarre, c'est des bagarreurs... mais c'était pas méchant, juste le coup de poing vous voyez. Pas comme maintenant. Avec le chômage les jeunes sont plus méchants à c't'heure, mais faut pas montrer qu'on a peur d'eux." Que j'ai apprivoisé des jeunes du quartier, avec de vraies dégaines "de blousons noirs", je ne lui dis pas, ce sont des petits hasards qui ont favorisé l'apprivoisement, et un peu de chance. Je ne l'ai pas contredit à ce sujet... ils peuvent l'être, en effet. Écoutez ce que Céline dit à propos de la violence, des sales instincts de l'homme, et même de la plupart des animaux quoique en moins pire peut-être, et même ... écoutez comme il le déplore aussi, voilà ce qui m'a surprise : qu'il le déplore sincèrement à mon sens dans les propos qu'il tient lors de l'interview, étant donné que je ne connais que l'image du personnage, pas encore ses écrits, étonnée en effet de trouver aussi cette étrange profonde humilité parfois chez lui quand il déclare par exemple : "j'écris parce que je suis taré. Mes parents étaient nerveux tous les deux, ils étaient tarés..." Après ce que j'ai entendu des déclarations de Céline dans cet entretien précisément, me reste à le lire, j'y trouverai des propos racistes et antisémites parce qu'il est taré, mais aussi d'autres choses je pense, beaucoup plus intéressantes . C'est ici : https://www.youtube.com/watch?v=zQNuZdZXUjY
mardi 3 février 2015
une écriture vibrante de vie ?
Une écriture vibrante de vie, j'ai cru comprendre cela, mais aussi il y a de la pensée derrière cette écriture. Quand il pense aux pauvres, on dirait que ça va, il dit la vie génialement, mais la colère le prend et sa pensée est emportée, la colère l'emporte, c'est cette colère qui plonge Céline dans l'erreur quand il devient raciste et antisémite, à cette colère, il faut un bouc émissaire et là, ça n'a plus rien de génial. Il y aurait donc un génie de l'écriture vibrante qui dit la vie en faisant affleurer l'émotion, et l'erreur, qui le fait vibrer aussi quand la colère le prend, mais cette fois de façon nocive. Je vous dis tout ça après avoir écouté Luccini en parler. Je vais sûrement lire Céline un de ces quatre. Ici pour la vidéo sur l'écrivain :
https://www.youtube.com/watch?v=F5CuPJG4GW0
et là ( avec dessins superbes ) : https://www.youtube.com/watch?v=mdaeHcrX2Hg
et là ( avec dessins superbes ) : https://www.youtube.com/watch?v=mdaeHcrX2Hg
La poule volette juste un peu pour rejoindre son poulailler situé dans un arbre
C'est ici, pour la montée des marches en toute élégance de la poule... j'aurais aimé voir la descente le lendemain, après une bonne nuit de sommeil, mais enfin, la montée est déjà belle à voir :
https://www.youtube.com/watch?v=XtTGf2hprvg
https://www.youtube.com/watch?v=XtTGf2hprvg
lundi 2 février 2015
le poids
Hier je me suis fait accoster par une belle jeune fille alors que je sortais de chez moi pour faire les courses. Elle m'a demandé le chemin de la déchetterie.
— Prendre à droite la rue des quatre faces, au bout vous apercevez un petit pont blanc un peu sur votre gauche, vous le prenez, ensuite à gauche, vous marchez un peu et vous prenez la rue du rabat à droite, c'est au bout.
J'ai dû m'emmêler les pinceaux car ça n'avait pas l'air d'être clair pour la demoiselle.
— Je vais faire un bout de chemin avec vous, ça sera mon jogging du jour.
Nous marchons le long de la rue des quatre faces, elle, svelte et légère, moi juste un peu essoufflée car c'est la mise en route, mais ça va. je la laisse au bout de cette rue en lui indiquant le petit pont à rambardes blanches et en lui rappelant qu' après qu'elle aura d'abord tourné à gauche, la rue du Rabat, à droite. Elle a juste un petit sac à main, que va-t-elle faire un dimanche matin, à la déchetterie ? Mystère. Peut-être va-t-elle rendre visite aux Roms qui ont un camping juste à côté.
Aujourd'hui, une autre dame m'aborde ; cette dame que je voyais passer tous les matins devant chez moi dès l'aube, faisant partie des pendulaires familiers m'apprend qu'elle a cessé le travail à cause des poids trop lourds à porter que celui-ci exigeait. Résultat : descente d'organes. Petite femme pas costaud du tout, il lui fallait trimballer de lourds containers qu'elle remontait d'une pente de garage. J'apprends qu'elle vient du milieu des mariniers.
— Je ne peux plus faire ce boulot à cinquante neuf ans. Et quoi faire d'autre, je n'ai pas de bagages ! Je suis d'un milieu de mariniers, j'ai été mise en pension à six ans, je ne l'ai pas supporté, j'étais toujours angoissée loin de ma mère. Angoissée comme j'étais je n'ai pas pu étudier. J'ai beau avoir été au médecin du travail, ils ont constaté que je ne devais plus porter de poids trop lourds mais les patrons ont continué à exiger que je continue et puis j'ai eu cette descente d'organes. J'ai cru qu'il faudrait m'opérer. J'ai si peur de l'hôpital que j'ai failli me foutre à l'eau plusieurs fois. Regardez, plusieurs fois, j'étais là avec mon petit chien, regardez juste à cet endroit-là, dit-elle en pointant du doigt un endroit de la berge.
Quand elle a appris que son mal pouvait être soigné par une kiné elle a repris espoir.
— Vous avez peur de l'hôpital à ce point ?
— Vous ne pouvez pas vous imaginer. Et c'est pas encore sûr à cent pour cent que je vais pas devoir y passer sur la table d'opération !
La kiné a su lui remonter le moral, beau travail !
Si elle avait sauté qu'en aurait pensé le minuscule chien frétillant qu'elle retient au bout de la laisse ? Je lui ai confié combien les péniches m'ont toujours fait rêver, ce qui l'a fait rire malgré tout.
— Oh mais j'ai des amies marinières qui pour rien au monde n'auraient fait autre chose. Il n'y a que moi je crois à avoir réagi comme ça. Parce que marinière, c'est pas non plus un métier de femme. Ma mère avait des hernies énormes à force de porter les cordages. Il y a des métiers qui ne devraient pas être autorisés aux femmes.
J'opine du bonnet. Très honorée d'avoir recueilli de sa bouche des informations de ce genre sur le travail des femmes, je la réconforte et nous nous quittons en souriant. Fini les larmes du début. J'espère la revoir bientôt, en pleine forme.
Étrange
Hier j'ai regardé une émission où l'étrange le dispute à plus étrange encore. C'est le monde de la mode. Les couturières travaillent, "quand c'est le coup de feu", c'est-à-dire peu de temps avant les défilés, jusqu'à des heures indues, la nuit ; elles ne partent parfois de l'atelier que vers une heure du matin. Le corps de certaines est en surpoids assez conséquent, les femmes étant trop longtemps repliées derrière les machines. Elles ont la passion de leur métier et c'est ce qui les fait tenir. J'ai fait de la couture durant deux ans à trois ans après l'obtention d'un CAP tardif de couture, un an après mon arrivée à Béthune (j'ai alors confectionné quelques chemises et pantalons, chez moi. Magique ! mais le tout revenait plus cher et avec des tissus moins bons), j'ai pu comprendre cette passion. Quand le travail manuel fait travailler la cervelle, comme c'est le cas dans la couture si l'on confectionne soi-même entièrement un vêtement, ce travail est effectivement passionnant. J'avais eu l'occasion de constater lors d'un passage, durant quinze jours lors du stage AFPA, dans un atelier qui avait été de haute couture, (aujourd'hui délocalisé) que les couturières de métier ne conçoivent pas de jalousie à l'encontre des mannequins ; tant la passion de leur métier les tient, elles admirent leur travail sur le mannequin qui le met en valeur complètement, reconnaissance des deux côtés. J'ai vu cela à l'accueil que les couturières ont réservé à une ancienne femme mannequin leur rendant visite, qui avait aussi pris part à l'entreprise, c'était convaincant de sympathie réciproque. Mais les couturières béthunoises avaient des horaires normaux, l'atelier ne travaillant plus pour des couturiers "de haute couture" depuis un certain temps. Le documentaire montrait une kiné passant d'une couturière à l'autre pour effectuer sur elles durant quelques minutes un massage des épaules et de la nuque. Et puis la course contre la montre reprenait. J'ai regardé les robes et cela m'a fait penser au conte de Cendrillon où le prince n'aimera que la personne qui pourra entrer dans le soulier, (que dis-je ? dont le pied pourra entrer dans le soulier, à moins que d'exiger une métamorphose en souris) sauf qu'ici c'est la robe en plus du pied. Les princesses sont-elles aussi exigeantes que les princes question minceur ? Des pays où les gens ont faim, on pourrait ramener par milliers de ces mannequins, princes et princesses, qui en Occident ne se trouvent pas aussi facilement, quoique, dans la rue par grand froid il y en ait quelques-uns de très minces, qu'on nomme SDF. Et si l'on se souciait de rassasier le monde, non pas engraisser, mais rassasier, en oubliant un peu Cendrillon et son comparse, ce ne serait pas mieux ?
dimanche 1 février 2015
Le poème du jour
Oiseau qui me donnes le seul bien qui vaille
quand par la campagne miroitent les lignes de l'étang
sous le secret vernis de l'air devenues les tesselles
et le calque du gel plus loin une écume de sable blanc
avec le brouillard qui va l’ouvrir coquillage dont les valves
à l’ombre du mur droit écoutent venir le bruit des feuilles
qui reprennent leurs esprits selon la fantaisie du jour
la lenteur des rides que la même lumière dore
logées dans l’empreinte de tes doigts ils modèlent
le monde jusqu’à sa perfection ils sont la trace
des premiers pas de l’homme et des tout derniers
coiffés d’azur doigts déliés délicats qui sculptez
l’ivoire lisse de tes seins chantant très doux
jamais onde n’en a porté de semblables
j’en ai fait mon refuge mon nid, Oiseau qui me donnes...
Daniel Martinez
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