La video :
http://www.anglaisfacile.com/exercices/exercice-anglais-2/exercice-anglais-78720.php
Celle-ci n'est pas mal non plus : http://www.youtube.com/watch?v=oVSpfQHEsNY&feature=related
jeudi 28 octobre 2010
mardi 26 octobre 2010
De la Terre à la Lune Jules Verne
Quand Jules Verne manie l'absurde, c'est un vrai plaisir. Au Gun-Club, des génies de la balistique, se désespèrent à cause de la paix qui semble s'éterniser aux États-Unis. L'extrait :
" ... Un jour, pourtant, triste et lamentable jour, la paix fut signée par les survivants de la guerre, les détonations cessèrent peu à peu, les mortiers se turent, les obusiers, muselés pour longtemps, et les canons, la tête basse, rentrèrent aux arsenaux, les boulets s’empilèrent dans les parcs, les souvenirs sanglants s’effacèrent, les cotonniers poussèrent magnifiquement sur les champs largement engraissés, les vêtements de deuil achevèrent de s’user avec les douleurs, et le Gun-club demeura plongé dans un désœuvrement profond.
Certains piocheurs, des travailleurs acharnés, se livraient bien encore à des calculs de balistique ; ils rêvaient toujours de bombes gigantesques et d’obus incomparables. Mais, sans la pratique, pourquoi ces vaines théories ? Aussi les salles devenaient désertes, les domestiques dormaient dans les antichambres, les journaux moisissaient sur les tables, les coins obscurs retentissaient de ronflements tristes, et les membres du Gun-Club, jadis si bruyants, maintenant réduits au silence par une paix désastreuse, s’endormaient dans les rêveries de l’artillerie platonique !
"C’est désolant, dit un soir le brave Tom Hunter pendant que ses jambes de bois se carbonisaient dans la cheminée du fumoir. Rien à faire ! Rien à espérer ! Quelle existence fastidieuse ! Où est le temps où le canon vous éveillait chaque matin par ses joyeuses détonations ?
— Ce temps-là n’est plus, répondit le fringant Bilsby, en cherchant à se détirer les bras qui lui manquaient. C’était un plaisir alors ! On inventait un obusier, et, à peine fondu, on courait l’essayer devant l’ennemi ; puis, on rentrait au camp avec un encouragement de Sherman ou une poignée de main de Mac-Clellan ! Mais, aujourd’hui, les généraux sont retournés à leur comptoirs, et, au lieu de projectiles, ils expédient d’inoffensives balles de coton ! Ah ! Par sainte Barbe ! L’avenir de l’artillerie est perdu en Amérique !
— Oui, Bilsby, s’écria le colonel Blomsberry, voilà de cruelles déceptions ! Un jour on quitte ses habitudes tranquilles, on s’exerce au maniement des armes, on abandonne Baltimore pour les champs de bataille, on se conduit en héros, et, deux ans, trois ans plus tard, il faut perdre le fruit de tant de fatigues, s’endormir dans une déplorable oisiveté et fourrer ses mains dans ses poches."
Certains piocheurs, des travailleurs acharnés, se livraient bien encore à des calculs de balistique ; ils rêvaient toujours de bombes gigantesques et d’obus incomparables. Mais, sans la pratique, pourquoi ces vaines théories ? Aussi les salles devenaient désertes, les domestiques dormaient dans les antichambres, les journaux moisissaient sur les tables, les coins obscurs retentissaient de ronflements tristes, et les membres du Gun-Club, jadis si bruyants, maintenant réduits au silence par une paix désastreuse, s’endormaient dans les rêveries de l’artillerie platonique !
"C’est désolant, dit un soir le brave Tom Hunter pendant que ses jambes de bois se carbonisaient dans la cheminée du fumoir. Rien à faire ! Rien à espérer ! Quelle existence fastidieuse ! Où est le temps où le canon vous éveillait chaque matin par ses joyeuses détonations ?
— Ce temps-là n’est plus, répondit le fringant Bilsby, en cherchant à se détirer les bras qui lui manquaient. C’était un plaisir alors ! On inventait un obusier, et, à peine fondu, on courait l’essayer devant l’ennemi ; puis, on rentrait au camp avec un encouragement de Sherman ou une poignée de main de Mac-Clellan ! Mais, aujourd’hui, les généraux sont retournés à leur comptoirs, et, au lieu de projectiles, ils expédient d’inoffensives balles de coton ! Ah ! Par sainte Barbe ! L’avenir de l’artillerie est perdu en Amérique !
— Oui, Bilsby, s’écria le colonel Blomsberry, voilà de cruelles déceptions ! Un jour on quitte ses habitudes tranquilles, on s’exerce au maniement des armes, on abandonne Baltimore pour les champs de bataille, on se conduit en héros, et, deux ans, trois ans plus tard, il faut perdre le fruit de tant de fatigues, s’endormir dans une déplorable oisiveté et fourrer ses mains dans ses poches."
Quoi qu’il pût dire, le vaillant colonel eût été fort empêché de donner une pareille marque de son désœuvrement, et cependant, ce n’étaient pas les poches qui lui manquaient.
"Et nulle guerre en perspective ! Dit alors le fameux J.-T Maston, en grattant de son crochet de fer son crâne en gutta-percha. Pas un nuage à l’horizon, et cela quand il y a tant à faire dans la science de l’artillerie ! Moi qui vous parle, j’ai terminé ce matin une épure, avec plan, coupe et élévation, d’un mortier destiné à changer les lois de la guerre !
— Vraiment, répondit celui-ci. Mais à quoi serviront tant d’études menées à bonnes fins, tant de difficultés vaincues ? N’est-ce pas travailler en pure perte ? Les peuples du nouveau monde semblent s’être donné le mot pour vivre en paix, et notre belliqueux Tribune (1) en arrive à pronostiquer de prochaines catastrophes dues à l’accroissement scandaleux des populations !
— Cependant, Maston, reprit le colonel Blomsberry, on se bat toujours en Europe pour soutenir le principe des nationalités !
— Eh bien ?
— Eh bien, il y aurait peut-être quelque chose à tenter là-bas, et si l’on acceptait nos services …
— Y pensez-vous ? S’écria Bilsby. Faire de la balistique au profit des étrangers !
— Cela vaudrait mieux que de n’en pas faire du tout, riposta le colonel.
— Sans doute, dit J.-T. Maston, cela vaudrait mieux, mais il ne faut même pas songer à cet expédient.
— Et pourquoi cela ? Demanda le colonel.
— Parce qu’ils ont dans le vieux monde des idées sur l’avancement qui contrarieraient toutes nos habitudes américaines. Ces gens-là ne s’imaginent pas qu’on puisse devenir général en chef avant d’avoir servi comme sous-lieutenant, ce qui reviendrait à dire qu’on ne saurait être bon pointeur à moins d’avoir fondu le canon soi-même ! Or, c’est tout simplement …
— Absurde ! Répliqua Tom Hunter en déchiquetant les bras de son fauteuil à coups de "bowieknife", et puisque les choses en sont là, il ne nous reste plus qu’à planter du tabac ou à distiller de l’huile de baleine !
— Comment ! S’écria J.-T. Maston d’une voix retentissante, ces dernières années de notre existence, nous ne les emploierons pas au perfectionnement des armes à feu ! Une nouvelle occasion ne se représentera pas d’essayer la portée de nos projectiles ! L’atmosphère ne s’illuminera plus sous l’éclair de nos canons ! Il ne surgira pas une difficulté internationale qui nous permette de déclarer la guerre à quelque puissance transatlantique ! Les Français ne couleront pas un seul de nos steamers, et les Anglais ne prendront pas, au mépris du droit des gens, trois ou quatre de nos nationaux !
— Non, Maston, répondit le colonel Blomsberry, nous n’aurons pas ce bonheur ! Non ! Pas un de ces incidents ne se produira, et, se produisît-il, nous n’en profiterions même pas ! La susceptibilité américaine s’en va de jour en jour, et nous tombons en quenouille !
— Oui, nous nous humilions ! Réplique Bilsby.
— Et l’on nous humilie ! Riposta Tom Hunter.
— Tout cela n’est que trop vrai, répliqua J.-T. Maston avec une nouvelle véhémence; Il y a dans l’air mille raisons de se battre et l’on ne se bat pas ! On économise des bras et des jambes, et cela au profit de gens qui n’en savent que faire ! Et tenez, sans chercher si loin le motif de guerre, l’Amérique du Nord n’a-t-elle pas appartenu autrefois aux Anglais ?
— Sans doute, répondit Tom Hunter en tisonnant avec rage du bout de sa béquille.
— Eh bien, reprit J.-T. Maston, pourquoi l’Angleterre à son tour n’appartiendrait-elle pas aux Américains ?
— Ce ne serait que justice, riposta le colonel Blomsberry.
— Allez proposer cela au président des États-Unis, s’écria J.-T. Maston, et vous verrez comment il vous recevra !
— Il nous recevra mal, murmura Bilsby entre les quatre dents qu’il avait sauvées de la bataille.
— Par ma foi, s’écria J.-T. Maston, aux prochaines élections il n’a que faire de compter sur ma voix !
— Ni sur les nôtres, répondirent d’un commun accord ces belliqueux invalides.
— En attendant, reprit J.-T. Maston, et pour conclure, si l’on ne me fournit pas l’occasion d’essayer mon nouveau mortier sur un vrai champ de bataille, je donne ma démission de membre du Gun-Club, et je cours m’enterrer dans les savanes de l’Arkansas !
— Nous vous y suivrons", répondirent les interlocuteurs de l’audacieux J.-T. Maston.
Or, les choses en étaient là, les esprits se montaient de plus en plus, et le Club était menacé d’une dissolution prochaine, quand un événement inattendu vint empêcher cette regrettable catastrophe.
Jules Verne De la Terre à la Lune
(1) Tribune : le plus fougueux journal abolitionniste de l'Union.
lundi 25 octobre 2010
Mes impressions après la lecture de L'Idiot
Il n’est pas étonnant que Dostoïevski fasse exprimer à l’un des personnages de son roman un certain scepticisme au sujet de la notion de découverte en soi (lorsque ce personnage parle de Christophe Colomb notamment), traduisant peut-être par là son propre sentiment de fatalité quant à la destinée du Prince Muichkine. Celui-ci va en effet de découverte en découverte à travers entre autre, l’expression des visages de ceux qu’il traite d’emblée comme des proches, leurs discours etc., sans trop comprendre de quoi il retourne parfois, ou ne le comprenant que trop bien à d’autres moments. La dernière découverte, particulièrement macabre, ne sera d’ailleurs pas digérée du tout : retour donc à la case départ pour lui. Le contexte de violence sociale qui va bientôt atteindre son paroxysme en Russie se fait ressentir dans la défiance des personnages entre eux. Lebedev joue double, voire "triple-jeu", selon bien entendu ses intérêts, s’adapte à toutes les situations avec sa dose quotidienne de cynisme à rebours, lui et "ses amis" oscillent entre des attitudes généreuses ou prédatrices envers Léon Nicolaïevitch Muichkine. Ils finissent pourtant par être, le plus souvent, sincèrement amicaux avec lui, étant donné la candeur désarmante du prince Muichkine, et ses efforts évidents pour échapper à la condition d’inadapté tant redoutée de lui, et pour cause ; efforts d’adaptation qu’il nomme "sa bonne volonté". La Haute société quant à elle, Dostoïevski nous la montre comme un infernal panier de crabes où son héros, au comble de la tension nerveuse, perd littéralement pied en raison d’une crise d’épilepsie qui le terrasse soudainement. On se dit évidemment devant ce marasme qu’il eût mieux valu, dans cette situation, ne serait-ce qu’un tout petit peu de misanthropie de la part du prince Muichkine, de défiance que l’on pourrait apparenter à l’instinct de conservation. Mais le prince voulut à tout prix faire montre de cette confiance dans le prochain que sa foi lui intime d’avoir ; confiance qu’il semble éprouver de façon toute artificielle, à en juger par son agitation lorsqu’il se retrouve parmi la Haute société. Est-ce une interprétation du destin de Jésus qui transparaît chez Dostoïevski dans ce roman ou l‘expression de sa foi en l’homme qui vacille dans un contexte historique très difficile ? Ce livre L’Idiot représente en tout cas un travail colossal, reconnaissance de la part des lecteurs oblige !
dimanche 24 octobre 2010
Dostoïevski - L'Idiot
Avec L'Idiot, Dostoïevski explore les mécanismes déclencheurs de la folie, les états limite, et celui, douloureux, du prince avant son éveil. Nous le voyons évoluer ensuite dans une société qui ne l'épargne pas. L'Idiot est un livre accessible à tout lecteur voulant prêter attention à l'humanité dans toute sa complexité. Un extrait :
"Cela se passait en Suisse, la première année de son traitement, au cours même des premiers mois. Il était encore, à cette époque, tout à fait comme un idiot ; il ne savait même pas bien parler, parfois ne comprenait pas ce qu’on voulait de lui. Un jour ensoleillé et très clair, il était allé dans la montagne et il avait erré longuement, absorbé par une pensée douloureuse qui n’arrivait pas à se formuler en lui. Devant lui s’étendait un ciel éclatant, au-dessous un lac, et tout autour un horizon lumineux sans fin ni limite. Il était resté longtemps à regarder et à se tourmenter. Il se souvint maintenant qu’il étendait les bras vers cet azur limpide en versant des larmes. Il souffrait de se sentir étranger à tout cela. Quel était donc ce festin, quelle était cette éternelle grande fête qui n’avait pas de fin et vers laquelle il se sentait attiré depuis longtemps, depuis toujours, depuis son enfance, et à laquelle il ne parvenait pas à se joindre. Chaque matin un soleil aussi radieux se lève ; chaque matin l’arc-en-ciel joue sur la cascade ; chaque soir la montagne à la cime neigeuse la plus élevée, loin là-bas, à la limite du ciel, s’embrase d’une flamme pourpre ; chaque "petit moucheron qui bourdonne auprès de lui dans l’ardent rayon de soleil participe à ce chœur, connaît sa place, l’aime et en est heureux" ; chaque herbe est heureuse en poussant ! Tout possède sa voie, et tout connaît sa voie, s’éloigne en chantant et revient en chantant ; seul, lui ne sait rien, ne comprend rien, ni les hommes, ni les sons, étranger à tout, rejeté de tout. Oh, bien sûr il n’était pas alors capable d’employer ces mots et de formuler ainsi sa question ; sa souffrance était sourde et muette ; mais il lui semblait à présent qu’alors aussi il disait tout cela, ces mêmes paroles, et que c’était à lui qu’Hippolyte avait emprunté ce qu’il avait dit au sujet du "moucheron", à ses paroles et à ses larmes d’alors. Il en était persuadé ; et cette pensée faisait, il ne savait pourquoi, battre son cœur …
Il s’assoupit sur le banc, mais son angoisse ne le quitta pas, même dans son sommeil. Juste avant de s’endormir, il se souvint qu’Hippolyte tuerait dix personnes et il sourit à l’absurdité de la supposition. Un silence merveilleux et serein l’environnait, où seul on entendait le frémissement des feuilles, et ce frémissement semblait rendre tout, autour de lui, encore plus silencieux et plus solitaire. Il fit un grand nombre de rêves, tous angoissants et qui le faisaient tressaillir à chaque instant. À la fin, il vit venir à lui une femme ; il la connaissait, il la connaissait jusqu’à la souffrance ; il pouvait toujours la montrer et l’appeler par son nom, mais, chose étrange, elle semblait avoir à présent un tout autre visage que celui qu’il avait toujours connu, et il éprouvait une douloureuse répugnance à la reconnaître pour cette femme. Ce visage exprimait tant de remords et d’horreur qu’on eût dit que c’était une terrible criminelle qui venait de commettre un crime effroyable. Une larme tremblait sur sa joue pâle ; elle lui fit signe de la main et mit un doigt sur ses lèvres comme pour l’avertir de la suivre sans bruit. Son cœur s’arrêta de battre ; à aucun prix, pour rien au monde, il ne voulait la reconnaître pour une criminelle ; mais il sentait qu’à l’instant même quelque chose d’affreux allait se produire qui pèserait sur toute sa vie. Elle voulait, semblait-il, lui montrer quelque chose, non loin de là, dans le parc. Il s’était levé pour la suivre et soudain il entendit près de lui un rire clair et frais ; une main se trouva subitement dans sa main ; il saisit cette main, la serra fortement dans la sienne et se réveilla. Devant lui se tenait Aglaé qui riait aux éclats."
Il s’assoupit sur le banc, mais son angoisse ne le quitta pas, même dans son sommeil. Juste avant de s’endormir, il se souvint qu’Hippolyte tuerait dix personnes et il sourit à l’absurdité de la supposition. Un silence merveilleux et serein l’environnait, où seul on entendait le frémissement des feuilles, et ce frémissement semblait rendre tout, autour de lui, encore plus silencieux et plus solitaire. Il fit un grand nombre de rêves, tous angoissants et qui le faisaient tressaillir à chaque instant. À la fin, il vit venir à lui une femme ; il la connaissait, il la connaissait jusqu’à la souffrance ; il pouvait toujours la montrer et l’appeler par son nom, mais, chose étrange, elle semblait avoir à présent un tout autre visage que celui qu’il avait toujours connu, et il éprouvait une douloureuse répugnance à la reconnaître pour cette femme. Ce visage exprimait tant de remords et d’horreur qu’on eût dit que c’était une terrible criminelle qui venait de commettre un crime effroyable. Une larme tremblait sur sa joue pâle ; elle lui fit signe de la main et mit un doigt sur ses lèvres comme pour l’avertir de la suivre sans bruit. Son cœur s’arrêta de battre ; à aucun prix, pour rien au monde, il ne voulait la reconnaître pour une criminelle ; mais il sentait qu’à l’instant même quelque chose d’affreux allait se produire qui pèserait sur toute sa vie. Elle voulait, semblait-il, lui montrer quelque chose, non loin de là, dans le parc. Il s’était levé pour la suivre et soudain il entendit près de lui un rire clair et frais ; une main se trouva subitement dans sa main ; il saisit cette main, la serra fortement dans la sienne et se réveilla. Devant lui se tenait Aglaé qui riait aux éclats."
extrait de L'Idiot de Dostoïevski, Classique de poche page 619
mardi 19 octobre 2010
Les pays membres de l’Union harmonisent-ils leur politique en matière d’immigration de travail venue des pays tiers ?
En matière de migration de travail, et plus encore depuis la crise, les États membres entendent rester maîtres sur leur territoire national, même si les débats actuels sur la gouvernance économique de l’Union pourraient les forcer à aborder ensemble le sujet, fût-ce sans le dire explicitement, à travers les questions de l’emploi et de la pauvreté.
Pour l’heure, les divergences sont grandes. Les pays qui ont fait un choix courageux en accueillant de nombreux immigrants dans les années 2000, en supportent le coût aujourd’hui puisque la plupart de ces migrants sont restés sur place. En revanche, l’Allemagne, par exemple, reste très protectionniste en la matière, au nom de la défense de l’État-providence. Les syndicats allemands notamment sont sur cette ligne alors qu’à l’inverse, la gauche d’Europe du Sud est assez systématiquement pro-immigration — quitte à négliger les conditions d’exploitation dans lesquelles vivent de nombreux migrants, surtout les clandestins. Plusieurs pays de l’Union voudraient bien trier les immigrants pour ne retenir que les plus qualifiés. L’Allemagne a essayé d’attirer ainsi des informaticiens indiens. Sans succès … Nicolas Sarkozy, lui, a mis en avant l’immigration "choisie". Mais ce type de politique, pratiqué au Canada par exemple, exige une compétence administrative spécifique qui est très longue à acquérir. Et cela coûte en outre très cher. Alternatives internationales Numéro 48
Les voyageurs devront-ils justifier leurs déplacements dans un monde qui se verrouille de plus en plus ? C’est la question qui me vient tout de suite à l’esprit en lisant cet article intitulé "L'Union doit se doter de règles plus souples". Pour les touristes très encadrés et riches, pas de problème, mais adieu voyageurs bohèmes et poètes dans l’âme : les globe-trotters d’aujourd’hui sont des techniciens, des informaticiens (les déplacements ne devraient pourtant pas être indispensables pour ces derniers. Il faut croire que la machine ne peut pas tout). Bientôt les robots pourront eux aussi se mettre en marche à travers le vaste monde en raison de leur utilité patentée. Il reste, pour ceux qui ne sont pas dans le bon créneau, à développer une philosophie d’ultra sédentaires. Dans un futur proche, quand un policier demandera au voyageur ses papiers, peut-être incombera-t-il à celui-ci de lui fournir sur-le-champ des photocopies de ses diplômes et certificats divers de compétences en tous genres en plus de sa carte d'identité. "La bourse ou la vie", dans une doxa différente ! Sans regret, voyageur bohème en herbe ! Le monde devient tellement violent que l’envie de bouger sans encadrement "spécifique" s’émousse de toute façon.
dimanche 17 octobre 2010
Les jeunes et le volontariat
La coopération décentralisée ayant recours à des volontaires, dans le cadre des collectivités territoriales. C’est le sujet de l’article de Elsa Fayner pour la revue Alternatives internationales. "À l’origine, ce sont l’État, dans le cadre de sa coopération bilatérale, puis le secteur associatif qui ont recouru aux volontaires", rappelle Pierre Daniel, de France Volontaires, un organisme public de promotion du volontariat international. "Par la suite, les collectivités territoriales, se voyant attribuer de plus en plus de compétences, se sont mises à développer leurs propres relations avec le Sud, dans les années 1980. À mesure que cette coopération prenait de l’ampleur, elles ont commencé, il y a une dizaine d’années, à recourir à des volontaires …"
"Grâce aux volontaires, le conseil général établit un lien de confiance avec nos partenaires du Sud, décode les situations et assure sa représentation" dixit Anna Calvez, du conseil général du Finistère.
jeudi 14 octobre 2010
John Steinbeck La perle
"Le jour où Kino l’Indien pêche la Perle du Monde, "parfaite comme une lune", les forces du mal se déchaînent autour de lui. La cupidité et l’envie l’obligent à se battre et à tuer ; sa hutte brûle, sa pirogue est défoncée. Kino qui, chaque matin, s’enchantait des mirages familiers de la terre et de l’eau, doit fuir au désert avec Juana. Leur bébé meurt bien avant qu’ils aient atteint la ville inconnue. La perle fabuleuse n’aura été pour eux qu’une brève rêverie et un atroce cauchemar. On ne dérange pas si facilement l’ordre du monde. Un personnage sinistre veille d’ailleurs à ce qu’il soit respecté : l’Acheteur de perles, unique et multiple, menteur, impitoyable.
Aspirer à un destin autre que celui pour lequel on semble avoir été créé, est-ce le péché ? La résignation vaut-elle mieux que la révolte ? Les questions se pressent entre les lignes de ce petit livre. Kino est bien le tiers monde, l’analphabète et le pauvre, si pauvre qu’il ne saurait retenir entre ses mains aucune richesse. Mais n’est-il pas tout homme à la recherche de l’impossible ? L’auteur nous a prévenus dès la première page : "Si cette histoire est une parabole, peut-être … chacun y découvrira-t-il le sens de sa propre vie." "
"John Steinbeck est né à Salinas, en Californie, en 1902. D’origine allemande et irlandaise, il a grandi dans une famille typiquement américaine, laborieuse et provinciale : son père était fonctionnaire et sa mère institutrice. Après ses études secondaires, il fait les métiers les plus divers pour payer ses études à l’Université de Sandford. Il passe quelques mois à New York comme reporter, mais souffre de l’atmosphère de la ville et retourne en Californie. Il trouve un emploi de gardien d’une maison isolée dans les montagnes près du lac Tahoe. Dans le calme de l’hiver il écrit La Coupe d’or qui est publié en 1929. Encouragé, il décide de se consacrer à la littérature. En 1935 paraît Tortilla Flat, en 1937 Des souris et des hommes. Les Raisins de la colère, en 1939, est considéré comme le plus grand roman décrivant la crise sociale qui sévissait à l’époque. Ces romans s’adaptent merveilleusement au cinéma, ce qui apporte à Steinbeck un surcroît de célébrité.
Le Prix Nobel couronne son œuvre en 1962.
Il meurt en 1968."
Collection Folio, chez Gallimard
Un extrait :
"Et juan Tômas qui, parce qu'il était le frère de Kino, s'était accroupi à la droite de celui-ci, demanda : "Que feras-tu, maintenant que tu es devenu un homme riche ? "
Kino plongea le regard dans sa perle, tandis que Juana, abaissant les paupières, ramenait son châle sur son visage pour dissimuler son émotion. Dans la flamme de la perle se formaient des images que l'esprit de Kino avait autrefois caressées, puis abandonnées comme impossibles. Dans la perle, il vit juana, Coyotito et lui-même, debout puis agenouillés devant le grand autel : le prêtre les mariait, maintenant qu'ils avaient de quoi payer. "Nous allons nous marier ... à l'église", annonça-t-il à voix basse.
Dans la perle, il vit comment ils seraient habillés : Juana dans un châle neuf, tout raide de nouveauté, et au bas de la longue jupe, Kino vit dépasser ses pieds chaussés de souliers. C'était là, dans la perle, c'était là qu'il voyait l'image. Lui aussi portait des habits blancs tout neufs et il tenait un chapeau à la main — pas un chapeau de paille, mais un beau feutre noir. Et lui aussi avait des chaussures — non pas des sandales, mais de vrais souliers à lacets. Et Coyotito — c'était lui qu'il fallait voir — était vêtu d'un costume marin bleu, le costume des marins américains, avec, sur la tête, une petite casquette de yachtman, comme celle que Kino avait vue, il y avait longtemps, à bord d'un bateau de plaisance ancré dans l'estuaire. Toutes ces choses, Kino les vit dans la perle luisante et il dit : "Nous aurons des habits tout neufs."
Et la musique de la perle s'éleva comme une fanfare de trompettes dans ses oreilles."
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