mardi 30 mars 2010


Les migrants de Calais


LES MIGRANTS DE CALAIS
« Il existe deux approches du problème migratoire : une politique et une humanitaire. La politique doit protéger les populations qui l’ont désignée pour cette mission et prendre des mesures globales et anonymes. En face, les personnes ne sont plus anonymes face aux humanitaires qui ont le devoir d’aider. On ne veut pas les faire venir, leur ouvrir les portes. La Croix-Rouge est une association apolitique neutre ; l’humanité d’un homme ne dépend pas des frontières. Nous faisons preuve d’une humanité qui va de soi. La solution politique a dégénéré. Les coups médiatiques ne sont pas de bonnes mesures. Ce n’est pas à Calais qu’il faut la conduire mais au niveau de la zone de Schengen. Il faut que l’Europe entière ait une politique migratoire. Mon prédécesseur (Marc Gentilini) a ouvert et fermé le camp de Sangatte. On trouvait utile d’installer un lieu décent. Mais il avait été pris d’assaut, à tel point que les conditions étaient moins décentes qu’à l’extérieur. Face aux migrants politiques, économiques et bientôt climatiques, nous ne sommes pas des passeurs mais des gens attentifs à la souffrance humaine. »

UN AN DE DROIT AU LOGEMENT OPPOSABLE
"Chacun peut comprendre qu'un sans-abri réclame la possibilité d'un toit. Mais si on veut dire par droit opposable un droit fondamental, je réclame le droit opposable à l'alimentation. Quand une société remplace ce qui devrait être une obligation morale par une obligation légale, c'est qu'elle a perdu le sens des valeurs. la loi n'est souvent qu'un alibi. On a besoin de retisser du lien social, pas d'inventer la fête des voisins. Je suis optimiste sur la nature humaine. Avec la crise, les difficultés partagées, on sent un frémissement ; les gens redécouvrent les autres."

SÉISMES À HAÏTI ET AU CHILI
"Les catastrophes, fussent-elles naturelles, font beaucoup plus de victimes dans les pays pauvres car les populations sont plus vulnérables. En Haïti, un tremblement de 7,2 sur l'échelle de Richter fait 250 000 victimes. au Chili, un tremblement de 8,8 fait moins de 1000 victimes. Cela montre l'absolue nécessité après une catastrophe de ne pas se contenter de reconstruire comme avant mais d'en profiter pour améliorer les conditions de vie. C'est ce que la Croix-Rouge a fait après le tsunami de 2004. Nous avons reconstruit cinq mille maisons aux normes parasismiques. Au Chili, le pays a continué à fonctionner. À Haïti, où je me suis rendu, la capitale s'est effondrée. Il n'y a plus de centre réel de décision et d'administration. Il faut d'abord restaurer le pouvoir de l'État si l'on veut que les Haïtiens s'approprient leur reconstruction."

DÉSHUMANISATION DES PRISONS
"Le sujet des prisons devrait être au cœur des préoccupations politiques. les gens en prison n'ont pas à être jugés une deuxième fois. Le temps de l'incarcération devrait être un temps utile pour la société : le moment de se reconstruire, se réinsérer, maintenir un lien social avec l'extérieur, se former, se qualifier. L'incarcération devrait être une préparation à la sortie. La Croix-Rouge a créé Écoute détenus. Le nombre d'appels reçus souligne le besoin de parler et d'être entendu, ce que les prisonniers n'ont pas la possibilité de faire.
La Croix-Rouge a proposé une formation sur les gestes qui sauvent dans une maison d'arrêt, malgré le scepticisme du directeur et même des prisonniers. "Avec ces gestes je pourrais sauver la vie de quelqu'un ? ", nous a-t-on demandé. "Mais oui", on leur a répondu. Automatiquement l'estime de soi change. L'état de nos prisons est lamentable comme le souligne le rapport du contrôleur général des lieux de privation de libertés. Les prisons modernes présentent une autre forme de déshumanisation. En réalité, il faut un contact humain."

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