vendredi 21 mars 2014

Nocturne

Une vache  torturée, voilà ce que j'ai vu en rêve, elle était sur le flanc et mugissait douloureusement. Avec le temps les vaches sont parmi les animaux que j'aime le plus, mais il faut avoir du terrain pour en adopter une chez soi ; je disais dans ce rêve à un groupe de jeunes, comme pour frimer (ce qui en fait n'est pas dans ma nature ordinairement), que j'allais passer une semaine en Amérique, comme Patrick l'avait fait auparavant ; je dis à celui-ci qu'il pourrait profiter de l'occasion pour dîner chaque soir avec eux, mais ça ne l'emballait pas comme mon non plus la semaine en Amérique ; en arrière fond il y avait cette image de la vache torturée qui revenait. Un animal, c'est une âme à l'état pur, et cette vache était une âme en souffrance, je l'aimais comme un enfant, elle n'était qu'innocence. Elle exprimait sûrement mes sentiments quant à certaines réalités. Ma façon de voir l'Europe peut-être ? Car le soir aux infos, j'avais vu sur Arte des Ukrainiens parlant apparemment russe faire irruption dans le bureau d'un directeur de radio je pense, l'attraper au collet avec violence et le forcer à démissionner parce qu'il avait passé un reportage sur Poutine. L'homme agressé avait un visage doux et plutôt beau, il avait l'air d'avoir peur, les agresseurs par contre vociféraient comme on s'imagine le faisaient les hommes de Franco. J'étais retournée, le rêve m'a réveillée. Il était trois heures vingt du matin. J'ai essayé vainement de me rendormir jusque passé quatre heures, puis, pleine d'énergie, je me suis levée. Je lavai la vaisselle que je n'avais pas eu la force de faire la veille au soir, fit une belle table, posai dessus les aliments du petit déjeuner de Patrick, montai en l'interpelant "le réveil a sonné ?!" Non grommela-t-il, il n'était que quatre et demi, surprise  je renonçai à petit déjeuner à une heure aussi matinale. Pleine d'élan néanmoins, je m'attaquai au lavage d'une multitude de chaussettes que j'avais mises à tremper la veille dans une baignoire pour bébé, elle-même posée dans la grande, pour adultes. Stockage des chaussettes d'hiver étant donné que je ne mélange pas dans la machine à laver torchons et serviettes, pas plus que slips et chaussettes, non plus  torchons et slips,  chaussettes et etc. Joli petit stock de chaussettes sales hivernales! lequel fait une machine à lui seul.
Comme c'était long d'arriver à cinq heures ! Le rêve ne me taraudait pas, cependant. J'y pensais vaguement, il restait en réserve jusqu'au moment propice de lui faire face. Le moment du blog mémoire et réflexion, celui-ci, tiens. Quand enfin Patrick me dit que cinq heures avaient sonné à son réveil, je plaisantai "trop tard! Il n'avait qu'à s'y prendre avant! Je me recouche." Demi plaisanterie cependant en raison du petit coup de pompe qui s'était soudain fait sentir. En bas, la machine à laver se mit à clignoter sous les yeux  de Patrick qui m'appela au secours. L'intérieur du tambour était plein de mousse, il a fallu que j'aille la mettre en mode rinçage deux fois de suite.
 De quoi est-il fait mon amour des animaux qui s'affirme avec l'âge ? De communication. Reçu cinq sur cinq, pas de mécanismes psychiques tordus, mystérieux, induisant à l'erreur ;  l'animal touche sans les mots,  avec des langages de sons, de cris,  quand les hommes  affectent plus qu'ils ne disent les choses, moi de même, qui joue, mal mais quand même, la comédie parfois, en société, mais aime néanmoins les  comédiens de métier,  passeurs de vérités sous-jacentes lorsqu'ils sont bons. Dans la vraie vie cependant, le jeu se complique trop souvent, alors en rêve, c'est l'animal, l'anti-comédien absolu quand il s'agit d'une vache, qui  me dit quelque chose de moi, ou du monde, de ce que je vois en vrai et en profondeur de moi-même, des autres, à certains moments. Et le monde ces temps-ci, je le vois qui torture la beauté, l'innocence, faisant obstacle à ceux qui veulent prendre du plaisir à vivre. Le monde s'en va vers la guerre encore et encore, les agresseurs cherchent des boucs-émissaires, les victimes se voient prises au collet, la peur peinte sur le visage, les bourreaux sont sûrs d'eux. Il y a des images comme celles vues aux infos d'Arte concernant le directeur de radio pris à parti par les Ukrainiens en colère, qui veulent devenir européens, des images en noir et blanc, où l'on distingue nettement les choses. D'un coup, on voit. " L'important n'est pas ce que tu regardes, mais ce que tu vois." dit un certain Thoreau, et mon rêve m'a dit la vérité de ce que j'ai vu de souffrance dans l'homme agressé. Cette vache, c'était en l'occurrence, cet homme, tout en souffrance animale à cet instant-là, où l'on est réduit à sa simple essence devant la mort.
 
Sur Regards, mon blog est monté jusqu'à plus de trois cent lecteurs par jour ; hier ici, j'en ai eu dix-neuf. C'est presque un blog privé. Presque, parce que s'il l'était complètement, je ressentirais quelque chose de l'ordre du renfermement sur soi, ce qui n'est pas le cas avec le "petit comité" (qui, en réalité, est fait de passants du hasard). Le grand nombre, à mon échelle, me fait sûrement peur, voyant le monde comme il va, je n'ai pas besoin qu'il me fonde dessus comme sur l'homme de radio, j'allais dire, "de mon rêve", alors qu'il a été réellement agressé de la sorte. Le petit nombre semble plus gérable. Tout ça a un goût d'irrationnel. Ceux qui surgirent dans le bureau du malheureux étaient peu nombreux mais portaient en eux la violence d'une foule enragée...celle, sûrement, des auditeurs pas contents, qui étaient plus de dix-neuf, voyez vous. Bé oui, je ne suis pas comme Don Quichotte, qui avait presque l'âme d'un animal en souffrance, n'était l'inconvénient majeur qu'il était sporadiquement enragé, donc seulement aimable entre deux crises, voire en pleine crise également, avec un peu de sadisme, pourvu qu'on ne soit pas à la place de celui ou ceux que le fameux Don Quichotte de la Manche prenait pour de mauvais géants.     

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