mercredi 25 mai 2016

"Cette "chose" que serait l'homme encore parfois" ♣♣♣ Bachelard et la psychanlyse quand il s'agit des "ses" poètes ♣♣♣ Quand Tia a de la peine pour une malheureuse maîtresse




"Et alors les choses n'existent pas à véritablement parler parce que cette chose, pensante, dit Descartes, qui nous qualifie en propre, n'a pu se dégager assez pour s'apparaître à elle-même et voir le monde pour ce qu'il est..."

 Pierre Bergounioux

traduction de "cette chose, pensante"  par "l'homme"

Donc : Et alors les choses n'existent pas à véritablement parler parce que l'homme n'a pu se dégager assez pour s'apparaître à lui-même et voir le monde pour ce qu'il est.

Mis en post hier, j'ai relu cette pensée de Pierre bergounioux ce matin,  en élaguant un peu la phrase, je n'ai pas voulu la simplifier mais la mettre plus en évidence.

♣♣♣

Mon nouveau mode de vie quant à l'alimentation, vieux de quelques mois quand même, est venu me titiller dans le rêve de cette nuit où je me régalais avec des BN au chocolat, tandis qu'un de mes voisins, âgé de plus de 80 ans, flottant dans un grand imperméable beige entraînait dans une course à pied toute personne qu'il rencontrait. Il courait d'un petit trot raisonnable en discourant, les inconnus à ses côtés ou dans son sillage, les pans de son imper, dégagés vers l'arrière, laissant voir sa maigre silhouette. 

Dans un rêve de dormeur on ne vit pas de la même façon les images en effet, elles sont subies dans leur soudaineté, même si parfois et souvent elle ravissent, on n'est pas actif dans "l'être de l'image" dont parle Bachelard. 

Durant la marche de ce matin je pensais à cet auteur. Vers les pages 190 à 200, il affirme plus fort un certain clivage avec les psychanalystes quant à sa perception des images des poètes. La poésie le nourrit, si bien qu'il devient à mon sens poète lui-même, elle est sa part de merveilleux par la découverte de soi lors de la rencontre  avec autrui qu'elle lui permetil  "s'apparaît à lui-même"  en quelque sorte par la communication avec autrui-poète,  et ce processus fait pendant à son amour des mathématiques qui sans la poésie finirait peut-être par mal se terminer, en l'asséchant par exemple. Les poèmes qu'il aime lui ont sûrement permis de continuer à faire des mathématiques en toute sérénité. 

Ce respect des poètes que cela entraîne  fait prendre à Bachelard une attitude envers les psychanalystes qui pourrait s'apparenter à quelque chose de l'ordre "touche pas à mon pote" dès lors qu'il flaire une possible "pathologisation" de ses amis de la part des "philosophes de l'angoisse" ou psychanalystes. Il a soutenu la poésie de l'angoissé agora-claustrophobe que devait être Henri Michaux, mais n'a pu soutenir celle d'Antonin Artaud, dans ce livre, sans doute parce qu'il considérait que ce dernier était malade pour de bon.
De ce fait, ce qu'a écrit Antonin Artaud était-il de l'ordre du délire pour Bachelard ? À ce moment-là de sa vie Bachelard n'a pas pu envisager qu'un homme malade puisse faire acte de poésie. Pour Bachelard la poésie est sublimation pure, or Antonin Artaud ne sublimait pas à son sens puisqu'il continuait en écrivant d'être "malade des nerfs" si j'ose dire ; cela aurait revenu  à penser la poésie comme inopérante pour Bachelard s'il avait compté Antonin Artaud parmi les poètes ?

Je pense, mais il faudrait que je relise Antonin Artaud, que sa maladie lui laissait des moments de répit, et que peut-être, même dans les crises, Artaud se servait de son art pour les surmonter et que ces crises mêmes étaient parfois le moteur de sa création. Proust a écrit en état de grande souffrance parfois et Benjamin Walter pense que les longues phrases de Proust reflétaient  le semi étouffement, la difficulté à respirer qu'éprouvait Proust, même si ici on ne se trouve sans doute pas dans une souffrance strictement d'origine mentale. 

Le blues, le jazz démontrent aussi que l'on peut être créatifs dans la souffrance celle-ci devenant parfois un moteur de cette création. 

Comme Bachelard je préfère savoir les poètes au zénith de leur forme, il n'empêche que....

Nonobstant cette petite critique Bachelard me nourrit de son intelligence par ailleurs, de sa joie d'être au monde, de son enthousiasme... de sa poésie. Il me procure aussi du repos et de l'inspiration du fait de donner à comprendre certains textes que sans lui je n'aurais pas saisis, du moins dans l'immédiat.  

♣♣♣ 

 Hier soir je suis retournée sur la 23, voir Tia,  les prisonniers et les pitbulls durant un bon moment, avant de devoir partir pour la préparation du repas (effeuillage de la laitue, etc. râpage des carottes : nouveau mode de vie oblige)

Nous avons été mis devant un échec de Tia qui n'a rien pu faire pour ramener un pitbull à la raison car elle le dit d'un air désolé et un peu maussade "il ne me porte pas dans son cœur".

Elle est honnête cette Tia : n'a-t-elle pas dit devant le pitbull en colère : "Le dresseur qui dit qu'il n'a jamais eu peur, ment." Cela n'augmente-t-il pas encore la valeur de son courage ? Tia devant ce pitbull avait certes un peu peur et a demandé l'aide d'une autre dresseuse de chiens de grand renom afin que toutes les deux le testent. Femme mince et jeune que cette dresseuse de renom soit dit en passant... le chien devant une "mémère à chats" et claudicante et bossue deviendrait-il facho alors même qu'il ne faut pas flatter les "bas instincts" des chiens d'attaque ? Mauvaise plaisanterie un brin reloue de ma part, d'autant que de "bas instincts", Tia l'a démontré dans l'émission précédente, les pitbulls n'en ont pas. Personne n'est "taré" à la base parmi les pitbulls c'est Tia elle-même qui le montre dans cette admirable précédente émission.

Mais face à ce chien-là, "qui ne la porte pas dans con cœur", Tia, je pense à cause de la pitié relative qu'elle éprouve pour la maîtresse du chien, va faire preuve de contradiction et de paresse de la pensée en déclarant à la malheureuse :

"Ce n'est pas votre faute : ce chien est taré. Il vient d'une mauvaise lignée."

En voilà une drôle d'idée qui semblerait contenir un germe de pensée fascisante : voilà où peut mener la pitié !
Car j'ai la prétention d'avoir cerné Tia et  suis convaincue qu'elle ne pensait pas ce qu'elle disait. Tia a vu ce qui se passait de fusionnel entre le chien et sa maîtresse qui l'appelle "son bébé" puisqu'elle lui a dit  ces paroles édifiantes :

"Je l'aurais bien pris dans mon refuge sans espoir de le faire adopter par aucune famille, on en a quelques-uns que l'on garde toujours parce qu'ils ne sont pas adoptables, mais le vôtre c'est : "je t'aime alors je te mords", il est dangereux pour nous, c'est pourquoi je ne peux pas vous le prendre et le garder au refuge, il va falloir que vous l'assumiez. Sinon... etc."  

"Je t'aime donc je te mords" est bien la preuve qu'il ne s'agit pas de "tare"  mais d'un chien qui est le bébé de sa maîtresse et ne s'autorise à n'aimer qu'elle.

Voilà où mène l'état fusionnel. À méditer.  



   



            

 





 

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